Nationalisation d’un groupe pétrolier : vive tension en Argentine

Après la Poste, la compagnie Aerolineas, le chantier naval Tandanor et le système des retraites, le retour du secteur énergétique dans le giron public est logique.

La tension persiste entre Buenos Aires et Madrid. Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, l’ambassadeur argentin a été convoqué au Ministère des affaires étrangères. Pendant ce temps, en visite au Mexique, le chef du Gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a affirmé que l’expropriation d’YPF «rompt la bonne entente» entre Espagne et Argentine.

En cause, la récente confirmation par l’Etat argentin, après plusieurs jours d’incertitude, de son projet de nationaliser à 51% l’entreprise YPF, filiale appartenant au groupe pétrolier espagnol Repsol. Une décision qui a ouvert une crise sans précédent entre l’Espagne et l’Argentine, deux pays traditionnellement amis. Le Gouvernement espagnol a dénoncé un geste «hostile» et indiqué qu’il annoncerait des mesures dans les jours à venir. De son côté, le groupe pétrolier espagnol a également fustigé la décision de Buenos Aires, alors que l’action Repsol plongeait en bourse.

Le groupe espagnol détient 57% des actions de YPF depuis la privatisation de l’entreprise, en 1999. 49% de ces 51% seront distribués entre les provinces argentines productrices de pétrole, le reste sera administré par l’Etat central. «Ce modèle choisi pour le futur d’YPF n’est pas une nationalisation mais le retour à la souveraineté et au contrôle des hydrocarbures. L’Argentine est le seul pays qui ne maîtrise pas ses ressources en hydrocarbures», a déclaré la présidente Cristina Fernandez de Kirchner lors du discours d’annonce de cette décision.

Au-delà de l’argument patriotique cher à l’administration Kirchner, La présidente a justifié la mesure par le déclin de la production (YPF représente près de 40% du pétrole et du gaz extrait dans le pays), imputable selon elle au manque d’investissements de Repsol, qui a conduit l’Argentine, naguère exportateur net d’hydrocarbures, à devoir payer une facture pétrolière de près de 10 milliards de dollars en 2011.
La prise de contrôle d’YPF se fera par le vote d’un projet de loi au Congrès argentin et le prix à payer aux actionnaires sera fixé par le Tribunal national d’évaluations. «Cette présidente ne répondra à aucune menace», a poursuivi Mme Kirchner en parlant d’elle-même. «Je suis un chef d’Etat, non une marchande de légumes», a-t-elle dit, ajoutant: «Toutes les entreprises présentes ici, même lorsque l’actionnariat est étranger, sont des entreprises argentines».

Ainsi, l’équipe de management de Repsol sera remplacée par de nouveaux directeurs et responsables argentins à la tête de YPF. Un des défis sera de créer une compagnie rentable, efficace et non politisée. Toutefois, cette annonce représente un coup dur pour Repsol, dont l’activité argentine apporte un tiers de ses bénéfices bruts et représente la moitié de sa production. Le week-end dernier, le ministre de l’Industrie, José Manuel Soria, avait avancé que «les intérêts de Repsol sont les intérêts de l’Espagne».
Le groupe pétrolier espagnol demandera une compensation via un arbitrage international, qui devra être «au moins égale» à la valeur de sa part de 57% dans YPF, que Repsol estime à 10,5 milliards de dollars. «Ces actes ne resteront pas impunis», a assuré Antonio Brufau. Mais les moyens de pression espagnols sur l’Argentine sont faibles: les investissements argentins en Espagne sont minimes en comparaison à ceux réalisés en sens inverse.
Les sanctions envers les intérêts argentins dans la péninsule ne risquent donc pas d’intimider le gouvernement de Cristina Fernandez de Kirchner. Autre piste apparemment étudiée par les dirigeants ibères: en appeler aux organismes internationaux, tels que le G20, l’OMC ou les tribunaux internationaux.

Le Courrier, Mathilde Guillaume, mercredi 18 avril 2012

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