CFF : On paie les erreurs des années 2000 !

Michel Béguelin demeure l’un des plus fins connaisseurs de la réalité du rail helvétique.

Réseau saturé, tarifs en hausse, voitures bondées, sales et mal entretenues: les usagers des CFF sont de plus en plus mécontents.L’ancien Conseiller aux Etats Michel Béguelin estime que c’est là le résultat de la libéralisation voulue par la Confédération au début des années 2000.

Pour ce spécialiste incontesté du rail en Suisse, les leçons du passé ont toutefois été tirées. La situation devrait s’arranger, mais à terme seulement.
Lausanne Cités: De plus en plus d’usagers en ont ras-le-bol des prestations qu’offrent les CFF. Est-ce que vous les comprenez et est-ce que vous partagez leurs critiques?Michel Béguelin: Absolument. Mon passé de cheminot, puis d’homme politique défenseur d’un service public de qualité, m’a toujours poussé à avoir une haute vision du rail, soit celle d’un domaine où l’on doit offrir les meilleures prestations possibles compte tenu des moyens financiers à disposition, c’est-à-dire au minimum des horaires attrayants et respectés ainsi que des places assises pour tous les voyageurs dans des voitures propres et accueillantes. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui et je le regrette.Et ça ne risque pas de s’arranger avec les récents propos du patron des CFF Andreas Meyer qui laissait entendre que voyager debout, dans les années à venir, n’était pas une idée à exclure…Au début, j’ai cru à une farce de 1er avril… avant de me raviser. Je ne sais toujours pas quelle mouche a piqué Andreas Meyer, mais pour être très clair, ce qu’il a dit c’est une vrai une connerie. Avoir une place assise est un droit ferroviaire! Et il est inadmissible aussi d’exiger 90 francs pour tout passager sans billet, ou avec un mauvais billet, sur les grandes lignes. C’est du n’importe quoi!Avec la mise sur pied de Rail 2000, on nous avait pourtant promis d’améliorer les prestations. Comment expliquez-vous cette lente, mais sûre dérive?Rail 2000 partait d’une réelle volonté de mieux faire. Les infrastructures ont bénéficié d’investissements considérables, les cadences ont été améliorées et du nouveau matériel a été acheté. Par contre, la politique mise en place à l’interne de l’entreprise, ou plutôt des différentes entités qui ont constitué les CFF lorsqu’ils ont changé de statut en janvier 1999, a été catastrophique. Pour des questions de pure rentabilité, les effectifs ont été baissés et on a cloisonné les différents services. C’était l’époque où il fallait «casser du cheminot». Résultat des courses: les CFF se sont trouvés face à une pénurie de spécialistes et on a perdu un immense savoir-faire. Ce fut brutal et ça a eu des conséquences partout, sur la qualité des services comme du point de vue technique. On paie aujourd’hui les erreurs de management du début des années 2000!Que faire pour sortir de cette impasse?La volonté d’améliorer les choses existe. 1,9 milliard a été investi uniquement pour acheter du nouveau matériel roulant, ce qui devrait permettre de proposer rapidement 30% de places assises en plus. De nouvelles voitures vont équiper les trains intervilles entre 2014 et 2018 et des milliards vont également être investis pour aménager les gares (1,2 millard pour le seul grand Lausanne, ndlr) et, notamment, faciliter l’accès aux voitures. 20 secondes gagnées rien qu’en pouvant entrer ou sortir plus rapidement d’un train va faciliter le respect des horaires. Les erreurs du passé ont servi de leçon et, malgré quelques paroles idiotes, les choses vont bouger positivement, j’en suis convaincu.Vous parlez de milliards investis. Il y a vraiment assez d’argent pour ça?Nous nous trouvons pour l’instant dans une situation bloquée par des dispositions prises en décembre 1998 alors qu’il s’agissait de développer les transversales alpines, d’améliorer les liaisons TGV, de lutter contre le bruit et de mettre en place Rail 2000. Le montage financier opéré alors prévoyait que la Confédération avance les fonds, puis se fasse rembourser d’ici 2025. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on ne peut théoriquement pas investir. Mais si on ne le fait pas, on va droit dans le mur! D’où l’intiative lancée en 2008 par l’Association Transports et Environnement (ATE) qui propose une issue concrète au problème du financement des futurs projets de transports publics et, plus récemment, la présentation du projet de financement et d’aménagement de l’infrastructure ferroviaire (FAIF) qui fait figure de contre-projet à l’initiative. Le peuple devra vraisemblablement se prononcer à l’horizon 2014. C’est une bonne chose, car cela permettra de sortir du carcan juridico-financier établi en 1998 et d’aller de l’avant. «Andreas Meyer a dit une vraie connerie!»
LausanneCités, Par Philippe Kottelat, 19 avril 2012

D’une connerie à l’autre

LausanneCités, Par Philippe Kottelat,

Vous en connaissez, vous, des usagers pleinement satisfaits de l’offre actuelle des CFF? Moi, pas! Il ne se passe pas un jour sans que l’une de mes connaissances, collèges ou amis, ne peste contre un service qui n’a plus rien de public et n’offre plus que des trains qui ne sont pas à l’heure, des voitures sales et bondées et des hausses constantes du prix des billets et des abonnements. Une vraie catastrophe!Et une réalité que l’ex-régie fédérale ne peut nier. Lors d’une récente enquête de satisfaction menée par ses propres services auprès de quelque 20′000 clients, il apparaissait que si des efforts avaient bien été consentis dans l’amélioration de l’information en cas de dérangement et en ce qui concerne l’amabilité du personnel, il n’en était rien pour le reste. Autrement dit, que la grogne des usagers n’était pas un leurre. Qu’elle est réelle et ne cesse de monter.Comment expliquer cette dérive? Par les erreurs de management commises au début des années 2000, lorsque le statut des CFF a changé, passant d’une entreprise étatique à une société anonyme de droit public. Qui dit cela? L’un des meilleurs connaisseurs du monde ferroviaire helvétique, l’ancien conseiller national, puis aux Etats, vaudois Michel Béguelin. A 75 ans, l’homme n’a rien perdu de son mordant et n’hésite pas à fustiger l’attitude des dirigeants d’antan. Comme celle du reste de l’actuel patron des CFF, Andreas Meyer, qui imagine faire voyager les gens debout. «Une vraie connerie» comme il le dit sans détours tout en estimant que l’offre du transporteur public est en passe de s’améliorer (lire en page 3).

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