Une retraite digne

La gauche, emmenée par Pierre-Yves Maillard, au centre, a lancé sa campagne sur une mesure qualifiée de «prioritaire».
L’AVS ne suffit pas pour vivre décemment. Et les femmes sont particulièrement touchées par la pauvreté à la retraite. Renoncer à s’offrir un café est une réalité pour un certain nombre de retraitées. La Constitution veut pourtant que les rentes du premier pilier couvrent les besoins vitaux de manière appropriée. Ce n’est aujourd’hui pas le cas. Loin de là.

Pour pallier l’insuffisance des rentes, les cantons versent des prestations complémentaires aux plus précaires. Mais seulement sur demande. Selon Pro Senectute, nombre de personnes renoncent à y recourir, même si elles y ont droit. Certaines méconnaissent leurs droits, d’autres se découragent devant les démarches administratives exigées. Et une partie a honte et refuse d’être une «charge» pour l’Etat alors qu’il s’agit d’un droit.

L’initiative pour une treizième rente sur laquelle le peuple votera le 3 mars prochain a le mérite d’offrir une retraite plus digne à toutes et à tous. Lancé en 2018, le projet de l’Union syndicale suisse (USS) avait pour but d’assurer un niveau décent des rentes dans un contexte d’augmentation du coût de la vie. Depuis, la situation s’est emballée. La hausse des primes d’assurance-maladie dévore une partie toujours plus grande des rentes, tout comme l’augmentation du prix des denrées et des transports. Selon les initiant·es, les personnes à la retraite ont perdu en pouvoir d’achat l’équivalent d’un mois de rente, depuis 2021. L’objectif initial de l’USS n’est même plus atteignable. Si elle est acceptée, la treizième rente viendra tout juste pallier les effets de l’inflation, le parlement ayant refusé une indexation des retraites!

Dans ce contexte, la droite risque d’avoir de la peine à convaincre le peuple de la refuser. L’UDC est d’ailleurs divisée, une partie se ralliant à la gauche pour défendre le pouvoir d’achat des retraité·es. Comme pour toute campagne sur les assurances sociales, la bataille des chiffres fera rage. Les initiant·es évaluent le coût de l’initiative à 4,1 milliards de francs lors de son introduction. A terme, une augmentation de la cotisation des employé·es et employeurs sera nécessaire. Et pour le mieux: le premier pilier représente la partie la plus égalitaire de la prévoyance vieillesse. Neuf retraité·es sur dix reçoivent une rente AVS plus élevée que ce qu’ils ou elles ont cotisé. Et l’AVS est la seule prévoyance qui prend en compte le travail de soin aux enfants.

L’année 2024 est à nouveau une année de lutte pour les retraites. Les attaques de la droite se poursuivent, avec l’initiative pour la retraite à 67 ans des jeunes PLR et la réforme du deuxième pilier qui aura pour conséquence une baisse des rentes. Dire oui à la treizième rente, c’est donner un signal politique pour la dignité de celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie.

Le Courrier, 9 janvier 2024, Sophie Dupont

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