Les riches polluent (beaucoup, beaucoup) plus

Selon une étude récente, un individu faisant partie du club des 0,01% les plus riches émet 1660 fois plus de CO2 qu’une personne de la moitié la moins nantie de la planète. Les 0,01% les plus fortunés, soit près de 770′000 personnes, émettent chacun l’équivalent en CO2 de plus de cent vols aller-retour en classe économique entre Londres et New York par mois pendant une année… Ici, avion décollant au-dessus de jets privés à l’aéroport de Genève.

Un individu faisant partie du club des 0,01% les plus riches émet 1660 fois plus de CO2 qu’une personne de la moitié la moins nantie de la planète. Un écart abyssal en termes de responsabilités dans le bouleversement climatique, qui ne cesse de croître, selon une étude parue il y a peu dans la revue Nature Sustainability1.

Dans cet article scientifique publié en peer-review, l’économiste français Lucas Chancel, enseignant à Sciences Po Paris et codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales, ausculte les différences d’émission de gaz à effet de serre par individu entre 1990 et 2019, que ce soit en termes de consommation ou d’investissement. L’auteur met ainsi en lumière des disparités massives, entre individus de différents pays plus ou moins industrialisés mais aussi au sein de mêmes zones géographiques.

Ainsi, en Amérique du Nord, alors que la moitié de la population rejette individuellement à peine plus de 10 tonnes de dioxyde de carbone (CO2) par an, les 10% les plus aisés en dégagent près de sept fois plus dans l’atmosphère, soit le plus haut niveau comparé à toutes les autres régions du monde.

Ceci dit, les inégalités sont également flagrantes en Europe. La moitié la plus défavorisée y projette en effet 5 tonnes de CO2 par personne, à comparer avec les près de 30 tonnes émises par les individus appartenant au cercle des 10% les plus riches.

Plus de la moitié de l’humanité respecte l’Accord de Paris

Plus globalement, la moitié de l’humanité «d’en bas» (3,8 milliards de personnes) émet en moyenne 1,4 tonne de CO2 par an, bien en deçà de la moyenne des émissions par habitant·e qui atteint environ 6 tonnes en 2019. Mais surtout, en dessous de l’objectif de 1,9 tonne d’ores et déjà nécessaire d’ici à 2050 pour respecter l’accord de Paris et limiter la hausse des températures à 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels.

Les riches polluent (beaucoup, beaucoup) plus (1)

Pour limiter la casse, l’effort doit donc venir d’autres secteurs, notamment des ultrariches, si l’on en croit les chiffres avancés par Lucas Chancel. «Les plus aisés peuvent agir non seulement en modifiant leur consommation, mais aussi leur épargne et leurs investissements», relève l’économiste.

L’impact profondément inégal sur le climat est particulièrement mis en évidence par la courbe exponentielle des émissions, à mesure que l’on se rapproche du haut du panier. Ainsi, si l’étude avance que les 1% les plus riches émettent en moyenne 101 tonnes de CO2 par personne et par an (contre 26 pour les 10%), en resserrant encore la focale, on observe que les 0,01% les plus fortunés, soit près de 770 000 personnes, répandent 2332 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Pour saisir l’ampleur d’une telle empreinte carbone individuelle, cela représente plus de cent vols aller-retour en classe économique entre Londres et New York par mois pendant une année!

Les riches polluent (beaucoup, beaucoup) plus 2

Selon l’auteur, les émissions globales de gaz à effet de serre ont augmenté de 2,3% depuis 1990. Mais là encore, de fortes disparités sont à l’œuvre. Ainsi, les émissions des 10% les plus riches ont augmenté de 26% sur la période, et celles des 0,01% les plus fortunés de 80%. A l’opposé, les émissions par habitant·e des 50% les plus pauvres d’Europe et des Etats-Unis ont diminué d’environ 25 à 30% depuis le début des années 1990. En termes de volume global, un dixième de l’humanité produisait en 2019 presque la moitié (48%) des gaz à effet de serre, tandis qu’une moitié de la population en émettait 12%.

Dans un précédent Rapport sur les inégalités mondiales (Le Seuil, 2022) réalisé notamment avec Thomas Piketty, Lucas Chancel avait déjà mis en garde quant aux injustices économiques subies par les catégories les plus modestes. On observe avec cette nouvelle étude que cette population subit de plus une dégradation du climat à laquelle elle ne contribue pas. Voici sans doute quelques indices utiles pour savoir où placer la sobriété en priorité.

1) Appartenant au Groupe Nature. Référence: Chancel, L. Global carbon inequality over 1990–2019. Nat Sustain (2022).

Le Courrier, 10 octobre 2022

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