Une Suisse divisée : les femmes prendront leur retraite à 65 ans

Un vote qui divise. Par une courte majorité – 50,6% des voix – les votant·es ont accepté ce dimanche de relever l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. Trois ans après la grande grève féministe de 2019, ce résultat prend la forme d’un affront. Il faudra bien sûr attendre les sondages au sortir des urnes. Mais les études menées en amont avaient mis en évidence un clivage des genres historique: plus de 15% d’écart entre les avis exprimés par les hommes et ceux des femmes! Si cela se confirme, comme il est fort probable, ça laissera des traces.

Deuxième clivage que l’on peut relever, plus traditionnel celui-là: le Roestigraben. La réforme a été refusée en Suisse romande et au Tessin et plébiscitée en Suisse alémanique, à l’exception des centres urbains. Mais les maigres 51% de «non» en Ville de Zurich, par exemple, ne permettaient pas de contrebalancer les «oui» massifs dans les campagnes et les couronnes périurbaines. Là aussi, quelques rancunes peuvent en résulter.

Comment expliquer ce résultat, cinq ans après le refus populaire de Prévoyance vieillesse 2020? Les partis bourgeois ont joué assez habilement sur le sentiment de peur. La guerre en Ukraine et le risque de pénurie énergétique ont sans doute pesé dans la balance et insufflé une dimension sécuritaire dans le vote de dimanche. Le conseiller fédéral Alain Berset a mené campagne avec conviction; il bénéficie aussi d’un surcroît de crédibilité pour sa gestion de la crise Covid…

Enfin, la droite mène un travail de sape méthodique des revendications féministes. Présenter le relèvement de l’âge de l’AVS comme un acquis de l’égalité relève de l’abus de langage manifeste. Mais cela a sans doute porté, notamment chez les jeunes. Son instrumentalisation du «wokisme», largement fantasmé, et la mise en exergue systématique et populiste de tel ou tel excès, réel ou supposé, montre une stratégie de délégitimation qui a aussi son efficacité. Avec quelque 30’000 voix d’écart entre le «oui» et le «non», plus que jamais, chaque bulletin comptait.

La suite est annoncée. Les attaques contre le système de prévoyance vont continuer, n’en déplaise à celles et ceux qui voient dans le faible écart une invite à la modération et au retour du consensus politique. Tant que je gagne, je joue, est la devise d’une droite qui se distingue au contraire par la constante des objectifs qu’elle se fixe et des moyens qu’elle se donne pour les atteindre. Le relèvement à 67 ans pour toutes et pour tous, point.

Le Courrier, 25 septembre 2022, Philippe Bach

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