Loi sur et pour le cinéma

Ce vote peut avoir une portée dépassant largement celle du financement de la production de films suisses. Il montre qu’une taxation des géants des nouvelles technologies de l’information et de la communication est possible.

La deuxième vague du sondage Tamedia en vue des votations du 15 mai montre que si deux objets devraient largement passer la rampe – Frontex et la loi sur le consentement présumé en matière de dons d’organes –, la Lex Netflix (loi sur le cinéma) est sur la balan. En effet, si 49% des personnes sondées se disent favorables à l’obligation des plates-formes de streaming de réinvestir une partie (4%) de leurs recettes générées en Suisse dans le cinéma national, un nombre quasi équivalent (47%) y est opposé. Avec quelque 4% d’indécis. Rien n’est joué.

Le sondage révèle un clivage linguistique marqué entre Alémaniques (52% de non) et Romands (61% de oui). Les Tessinois sont également dans le camp du soutien à cette loi avec 52% d’avis favorables. Autre clivages intéressant: les jeunes y sont opposés. Tout comme les campagnes…

Certaines de ces divisions recoupent celles de la loi sur l’aide aux médias. Cela s’explique sans doute par un individualisme plus marqué et une confiance plus grande dans le secteur privé outre-Sarine. Mais peut-être aussi parce que le rouleau compresseur du démantèlement néolibéral a moins touché les institutions culturelles et médiatiques de cette région. Et que, traditionnellement, le moins d’impôts y séduit encore davantage.

Ce qui est bien sûr un leurre. Car il ne s’agit nullement d’un impôt. Et l’argument disant que c’est le consommateur qui, in fine, passera à la caisse est abusif. Le montant de ces abonnements est calculé sur des critères de pouvoir d’achat. Taxe ou pas taxe, ils coûtent moins chers dans des pays aux revenus plus modestes.

Genève connaissait un droit des pauvres, une taxe sur les spectacles et qui avait été abolie après une campagne d’initiative des diffuseurs de films notamment. Les baisses du prix du ticket de cinéma promises avaient tenu quelques mois, histoire que cela ne se voit pas trop, avant de retrouver leur niveau d’avant. La différence est allée dans la poche des multiplex.

Ce vote peut avoir une portée dépassant largement celle du financement de la production de films suisses. Il montre qu’une taxation des géants des nouvelles technologies de l’information et de la communication est possible. Ceux-ci prennent de plus en plus la forme de monopoles. Le rachat lundi de Twitter par Elon Musk pour un montant de 44 milliards de dollars est là pour nous le rappeler! Leur montrer que leur toute puissance a des limites est aussi une forme de résistance.

Le Courrier, 26 avril 2022, Philippe Bach

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