A quelle heure le train pour les loisirs?

Vaud multiplie les offres pour la détente. Mais les horaires sont plus adaptés à la mobilité professionnelle. Visiter un musée, faire une randonnée ou se rendre à un festival en transports publics: le canton et la communauté tarifaire Mobilis ont lancé au début de l’été une campagne pour inciter les Vaudois à lâcher leur voiture pendant le week-end.

Dans les faits, la moitié des déplacements liés aux loisirs se font en automobile, selon les chiffres de l’Etat. Le vélo et la marche ­représentent 41% de ces trajets et les transports publics seulement 7%.

En juillet, 12 000 personnes ont profité de la «carte accompagnant», permettant de voyager pour un franc avec quelqu’un possédant un titre de transport sur le réseau Mobilis, le week-end et dès 9 h en semaine. L’offre valable sur deux mois s’est terminée le week-end dernier. Depuis lundi, les détenteurs d’un abonnement peuvent voyager sur tout le réseau pour 5 francs, jusqu’au 31 octobre. Une manière de les encourager à utiliser les transports publics en dehors de leurs trajets pendulaires. La campagne est complétée par un site internet proposant des destinations de loisirs.

Résultats encourageants

Les résultats du premier volet satisfont le canton. «Un bilan global des offres sera réalisé en fin d’année. Cela nous permettra d’envisager ou non leur déploiement à long terme selon les résultats obtenus», relève Romaine Florey, chargée de communication à la Direction générale de la mobilité et des routes.

Elle rappelle que le canton a beaucoup investi dans le développement du réseau, notamment du RER et des lignes de bus régionales (50 millions demandés cette année au Grand Conseil pour le développement des bus en périphérie). «Le changement d’habitude nécessite d’agir à plusieurs niveaux», note Romaine Florey. Le plan climat vaudois vise à faire passer la part modale des transports publics à 30% en 2030, contre 23% aujourd’hui.

Les Vaudois parcourent davantage de kilomètres pour leurs loisirs que pour le travail. L’utilisation des transports publics permet de réduire l’importante empreinte écologique de ces déplacements (42% des émissions de CO2 de tous les trajets contre un peu moins d’un quart pour la mobilité pendulaire). Faire (re)venir les gens dans les transports publics comporte d’importants enjeux financiers, alors que les pertes liées à la baisse de fréquentation pendant la crise du Covid sont sérieuses.

Trafic en diminution

Le canton s’adapte aussi aux changements d’habitudes des pendulaires avec un projet pilote d’abonnements flexibles, pour deux ou trois jours de travail par semaine. Entre 2019 et 2021, le nombre d’abonnements Mobilis vendus a diminué de 23%. «Le Flexiabo est une réponse à une situation exceptionnelle, qui a eu pour conséquence une modification subite et importante des besoins de mobilité», explique Romaine Florey. Depuis la crise sanitaire, la diminution globale du trafic d’agglomération et régional se situe entre 15% et 20%.

Le Laboratoire de sociologie urbaine (LASUR) de l’EPFL constate de son côté que la structure des réseaux de transports publics est davantage adaptée à des trajets pendulaires. Pour s’évader dans la nature, il reste plus facile de prendre sa voiture. Les horaires aussi, avec des pics aux heures de pointe, sont pensés pour des travailleurs.

«Pour des activités nocturnes ou des sorties du dimanche, les utilisateurs sont confrontés une fréquence plus faible des trains et bus. Le sentiment d’insécurité le soir joue aussi un rôle dans le choix du transport», relève Florian Masse, collaborateur scientifique au LASUR.

Renoncer à une voiture

La perception des transports publics est l’un des leviers principaux pour modifier les habitudes de transports. «On peut améliorer la communication sur les effets positifs des transports publics, notamment ses aspects financiers, les dépenses liées à l’automobile restant majoritairement cachées», poursuit Florian Masse.

Près d’un ménage lausannois sur cinq possède deux voitures ou plus. Cette part s’élève à 70% en périphérie (chiffres 2018). Des offres comme celles que propose le canton peuvent pousser à terme des ménages à renoncer à une voiture. «Pour que cela fonctionne, elles doivent s’accompagner d’une communication forte et visible», souligne Florian Masse.

Le Courrier, 25 août 2021, Sophie Dupont

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