En pleine tourmente, Andreas Meyer quitte les CFF

Andreas Meyer s’en ira en 2020, au plus tard à la fin de l’année. Il l’a annoncé mercredi, mais la décision avait déjà été prise en mai, assure la présidente du conseil d’administration des CFF, Monika Ribar. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a confirmé qu’Andreas Meyer lui avait fait part de ses intentions «lors des premiers contacts que nous avons eu ensemble ce printemps».


Agé de 58 ans, le Bâlois aura passé plus de treize ans à la tête des CFF. «Après avoir consacré 23 ans de ma vie au chemin de fer, j’ai décidé de faire autre chose avant d’atteindre mon soixantième anniversaire», a-t-il confié mercredi.

Son avenir est encore ouvert, mais, déjà, une piste se dessine: récolter des fonds pour le projet d’un de ses amis médecins à Delémont, Jörg Pelzer, pour un hôpital en Ethiopie. Il restera en place jusqu’à ce que son successeur soit nommé, mais au plus tard à fin 2020. La procédure de sélection a déjà été ouverte, explique Monika Ribar. «Nous avons établi un profil, mais sommes ouverts à une solution non conventionnelle, qui peut être interne ou externe», précise-t-elle.

Arrivé en 2007

Andreas Meyer avait succédé à Benedikt Weibel le 1er janvier 2007. Formé aux universités de Bâle et de Fribourg, titulaire d’un brevet d’avocat et d’un MBA obtenu à l’Insead de Fontainebleau, il a travaillé pendant dix ans à la Deutsche Bahn avant de revenir en Suisse pour reprendre les rênes de l’opérateur ferroviaire national suisse. Les CFF et leur patron sont dans la tourmente depuis plusieurs semaines. Le salaire d’Andreas Meyer – environ 1 million de francs par an – a fait couler beaucoup d’encre. Il est à l’origine d’interventions parlementaires réclamant le plafonnement de la rémunération des dirigeants des grandes entreprises publiques.

Le Conseil fédéral n’y a pas été insensible. Il a décidé que les assemblées générales des CFF, de La Poste, de Skyguide et de Ruag plafonneraient chaque année les rémunérations de leurs dirigeants. Simonetta Sommaruga a demandé une baisse d’environ 4%, avait révélé ce printemps la NZZ am Sonntag. Mais le salaire du patron des CFF est resté fixé à environ un million de francs. Andreas Meyer aurait cependant fait part de ses intentions avant que le Conseil fédéral ne prenne sa décision, assure Simonetta Sommaruga. Mais le salaire de son successeur sera «plus bas», promet Monika Ribar.

Son congé sabbatique en 2018 a généré une certaine incompréhension au sein du personnel, car il intervenait au moment où, dans le cadre de la renégociation de la convention collective de travail, les CFF songeaient – avant d’y renoncer – à supprimer la semaine supplémentaire de vacances accordée aux collaborateurs de plus de 60 ans. Lancé en 2016, le programme de restructuration RailFit 20/30, qui a prévu la suppression de centaines d’emplois d’ici à 2020, a durci les relations entre le personnel et la direction. L’enquête annuelle de satisfaction menée auprès du personnel a montré qu’elle était en recul l’an dernier.

Le premier semestre 2019, dont les résultats ont été communiqués mercredi, s’est soldé par un résultat positif de fréquentation (1,29 million de passagers, soit davantage qu’en 2018). La multiplication de trains spéciaux pour la Fête des Vignerons ou la Fête fédérale de lutte ainsi que l’augmentation du nombre de billets dégriffés explique cette hausse de la demande. Mais la demi-année n’a pas été épargnée par les perturbations, retards et chantiers divers, qui ont affecté une nouvelle fois la ponctualité, qui n’a pas dépassé 90,7%. Celle-ci reste insatisfaisante en Suisse romande.

Tragique accident à Baden

Le tragique accident qui a coûté la vie à un chef de train le 4 août en gare de Baden a sérieusement terni l’image de l’entreprise. Il a démontré que des défauts techniques pouvaient se produire là où l’on ne les attendait pas, à savoir sur le mécanisme de fermeture des portes de certains trains. Les investigations menées par les CFF après ce drame ont démontré que 69 portes souffraient de faiblesses similaires. Elles ont été réparées ou condamnées. L’Office fédéral des transports (OFT) a exigé un audit externe sur les systèmes d’annonce de sécurité et l’organisation de l’entretien. Cette tragédie a beaucoup affecté Andreas Meyer, qui n’a toutefois pas participé personnellement aux funérailles de la victime. La direction y a délégué le chef de la division Voyageurs, Toni Häne. Les cheminots ont regretté l’absence du patron. «Mais l’annonce du départ d’Andreas Meyer n’as aucun lien avec les récents événements qui se sont produits. Il garde d’ailleurs la pleine responsabilité de l’entreprise jusqu’à l’arrivée de son successeur», assure Monika Ribar.

En compensation des désagréments subis, les clients bénéficieront de réductions de prix et offres diverses pour un montant de 60 millions de francs, qui s’ajoute aux mesures déjà annoncées ce printemps. Les titulaires d’un demi-tarif pourront bénéficier de billets dégriffés supplémentaires et ceux qui possèdent un abonnement général recevront une bonification de 100 francs en première classe et de 50 francs en deuxième classe.

De récentes annonces positives

Ces dernières semaines, Andreas Meyer a cependant multiplié les apparitions publiques pour annoncer plusieurs nouvelles positives. Cela n’a pas manqué de frapper les observateurs, qui y ont vu le signe avant-coureur d’une décision personnelle. Un accord de partenariat pour l’exploitation du réseau grandes lignes a été trouvé avec la compagnie BLS. Une coopération du même genre a été mise en œuvre avec un autre partenaire, la Südostbahn (SOB). Une solution a été trouvée pour remettre CFF Cargo sur de nouveaux rails. Un consortium de partenaires privés a acquis 35% du capital de la filiale du transport de marchandises. Un partenariat pour une offre de mobilité numérique par smartphone a été signé avec une start-up lucernoise, Axon Vibe. De nouveaux trains pour le trafic grandes lignes ont été acquis, chez Stadler pour l’axe nord-sud et chez Bombardier pour le Plateau suisse. On peut imaginer qu’Andreas Meyer aurait aimé fêter la mise en service des nouvelles rames à deux étages commandées chez Bombardier avant d’annoncer son départ. En raison d’imperfections techniques, cela n’a malheureusement pas été possible.

Le Temps, Bernard Wuthrich

RTS

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