Les cinq défis de Cirillo à la tête de La Poste

Service public - Le directeur du géant jaune, Roberto Cirillo, directeur de La Poste depuis le 1er avril, tire le bilan de ses 100 premiers jours, et montre son attachement aux régions périphériques.
(Acidus : Ce nouvel directeur tire souvent en touche. Postfinance ? Il ne répond pas clairement s’il songe à la privatiser. Le réseau postal ? “La forme que prendra le réseau est secondaire”. Avec lui, La Poste continuera à investir dans les nouvelles technologies, plus que dans la réponse aux besoins des usagers…)

Le train débarque à Cadenazzo, bourgade nichée entre Bellinzone et Locarno. Les montagnes couvertes de forêts se dessinent sous un ciel voilé, mais c’est un énorme hangar qui attire l’attention. C’est ici que La Poste construit un nouveau centre de distribution de colis. C’est ici aussi que son nouveau boss a réuni les médias pour tirer un premier bilan.

Presque un retour aux sources pour Roberto Cirillo, qui est né à Zurich, mais qui a grandi au Tessin, d’où sa famille est originaire. Italien, français, allemand, l’homme jongle avec les langues avec une facilité déconcertante pour délivrer son message: «La Poste doit faire bouger les choses si elle veut continuer à financer le service universel sans l’aide des fonds publics.»

Mais le choix de Cadenazzo est aussi un symbole. Roberto Cirillo a plusieurs fois insisté sur la responsabilité du géant jaune dans la création de postes de travail dans les régions périphériques, annonçant de nouveaux emplois à Bellinzone et à Neuchâtel dans le domaine informatique. Il a également tenu à mettre en avant les nombreuses visites qu’il a faites sur le terrain pour rencontrer ceux qui font de La Poste le troisième plus gros employeur du pays. «J’ai voulu m’imprimer de l’ADN de La Poste. Et j’ai découvert des gens motivés. Une entreprise moderne et tournée vers l’avenir.»

Un discours enthousiaste, mais qui reste vague sur la stratégie que le nouveau directeur devra mener à partir de 2021. Seule réelle nouveauté, la création d’un groupe d’une vingtaine de collaborateurs issus de tous les secteurs. Tous ne sont pas des cadres supérieurs, mais ont la particularité d’être âgés de 30 à 40 ans. «Nous voulons sortir du confort des sentiers battus et casser les schémas existants, explique Roberto Cirillo. C’est pour cela que je veux connaître les idées des jeunes sur ce qu’ils pensent du futur de l’entreprise.»

«Le plus urgent, c’est d’assurer l’avenir de Postfinance»

Pas le temps de chômer pour Roberto Cirillo. Le Tessinois devra rapidement répondre aux cinq défis suivants.

1. Postfinance

Longtemps, Postfinance a été la vache à lait de l’entreprise. Mais aujourd’hui, la banque postale est devenue presque un boulet, en raison notamment des taux négatifs. Faut-il autoriser l’établissement à se positionner dans le domaine des crédits et hypothèques? «Il y a plusieurs options à vérifier, répond Roberto Cirillo, Mais aujourd’hui, Postfinance marche sur un seul pied, alors que les autres banques en ont deux.» Une situation qui n’est pas tolérable, «alors que Postfinance doit répondre aux mêmes règles» que ses concurrents. Pour le nouveau directeur, c’est l’urgence du moment. «Postfinance est un élément fondamental du financement du service public.» Est-il favorable à une privatisation? «L’important c’est de trouver un modèle soutenable. On peut voir après si l’État doit rester propriétaire ou pas.»

2. Réseau postal

Au cours des dernières années, La Poste a systématiquement réduit son réseau d’offices de poste traditionnels. En 2010, il y en avait encore 1955. En 2020, il n’en restera plus que 800. Roberto Cirillo poursuivra-t-il dans cette direction? Il botte en touche: «Il faut arrêter avec les polémiques et renouer le dialogue. Il faut se demander de quoi aura besoin la population dans les 10 à 20 prochaines années. La forme que prendra le réseau est secondaire. L’important, c’est la proximité des services de La Poste.» Et de rappeler qu’avec 2150 points d’accès – ou points de contact – la présence du réseau postal est plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était en 2010.

3. Carpostal France

C’est le dernier reliquat du scandale Carpostal lié aux subventions perçues en trop. Après avoir trouvé un arrangement avec les collectivités publiques, La Poste doit encore se séparer de la filiale française. Une vente est en cours avec Keolis, qui appartient à la SNCF. Le dossier est entre les mains de la commission de la concurrence en France. «La décision devrait tomber d’ici à fin septembre», annonce Roberto Cirillo.

4. Vote électronique

C’est l’autre affaire qui a écorné l’image du géant jaune. Alors que plusieurs cantons avaient misé sur La Poste pour développer un système de vote électronique, d’importantes failles sécuritaires avaient été décelées. L’abandon par La Poste de son projet avait fait des remous, poussant les cantons lésés à exiger des compensations financières. «Nous sommes sous contrat avec des cantons, et nous travaillons pour trouver ensemble une solution», explique Roberto Cirillo. Pas question de stopper les recherches, malgré la défiance qui grandit vis-à-vis du vote électronique. «Il y a des attentes légitimes de la population. Notre système assure désormais la vérifiabilité universelle. Nous sommes en contact avec les cantons et la Chancellerie fédérale pour définir les règles en vue de tester l’année prochaine.»

5. Drones

Un crash dans une forêt en mai dernier, un autre dans le lac de Zurich trois mois plus tôt. Alors que La Poste veut se faire une place dans le transport par drone, tout le projet avait dû être stoppé. «Nous nous sommes engagés sur ce secteur et nous continuerons à investir dans les nouvelles technologies, affirme Roberto Cirillo. Après ces échecs, nous avons constitué un groupe d’experts. La sécurité est essentielle dans ce domaine, notamment pour nos clients, qui à l’image des hôpitaux doivent pouvoir nous faire confiance.»

Créé: 22.08.2019

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