Sauver l’eau de la marchandisation

Au Forum mondial alternatif de l’eau, syndicalistes, sans-terre, et peuples autochtones ont dénoncé les multinationales, Nestlé en tête, qui veulent privatiser ce liquide vital. Du 18 au 23 mai, le huitième Forum mondial de l’eau s’est tenu à Brasilia.

Organisé par le World Water Council, ce forum a des liens étroits avec des multinationales qui veulent commercialiser et privatiser l’eau. Parmi celles-ci, le groupe suisse Nestlé et les entreprises françaises Veolia et Suez.

UN FORUM ALTERNATIF. En opposition à ce forum des multinationales, de nombreuses organisations, dont l’Internationale des services publics (ISP, à laquelle le SSP est affilié), ont lancé un appel pour la tenue d’un Forum mondial de l’eau alternatif. 7000 personnes, issues de 450 organisations, y ont répondu. Syndicalistes, sans-terre, représentants des peuples autochtones, d’organisations féministes et de petits paysans, victimes de la construction de barrages ou de projets miniers, pêcheurs: tous ont relaté leurs luttes contre la privatisation de l’approvisionnement en eau et l’appropriation du précieux liquide par l’agrobusiness, les industries, l’extraction minière ou les barrages. La représentante d’une communauté de pêcheurs afro-brésiliens a expliqué que le fleuve dans lequel elle pêche a été asséché par la construction d’un barrage. Sa communauté s’est vue privée de son mode de vie ancestral. Une participante, issue des peuples autochtones, a expliqué que les fleuves sont pollués par les pesticides utilisés pour les monocultures de soja, causant de nombreuses maladies.

TEMER PRIVATISE. Depuis la destitution de la présidente Dilma Rousseff, le gouvernement de Michel Temer fait avancer
rapidement les projets de privatisation. Le droit à l’eau se voit de plus en plus souvent remis en question. Les intervenants présents au Forum alternatif ont notamment critiqué des négociations qui seraient menées par Nestlé et Coca-Cola avec le gouvernement brésilien, dans le but d’obtenir la mainmise sur les plus grosses réserves d’eau douce du continent. Durant le forum, des membres du Mouvement des sans-terre (MST) ont occupé une usine de production d’eau en bouteilles de Nestlé (lire ci-contre).

VICTOIRE EN GRÈCE. Les participants ont également partagé des expériences positives, liées à leurs luttes. Un syndicaliste
grec a informé l’assemblée que la privatisation de l’approvisionnement en eau avait pu être empêchée à Thessalonique. David Boys, de l’ISP, a souligné qu’il existe une tendance positive, à l’échelle mondiale, visant à réintégrer dans les services de l’État l’approvisionnement en eau, après l’échec d’expérimentations privées.

LA DDC AVEC NESTLÉ. Pour ce qui est de la Suisse, David Boys estime que notre pays dispose d’un système public d’approvisionnement qui fonctionne bien. Il serait donc important d’inciter le gouvernement helvétique à partager ses connaissances
et son expérience en la matière avec des pays du Sud – mais sans arrière-pensées liées à la réalisation de profits. Une revendication partagée par les 40 organisations présentes au Forum alternatif qui ont envoyé une lettre ouverte à la Direction
du développement et de la coopération (DDC). Elles y critiquent son soutien à des partenariats public-privé en matière d’approvisionnement en eau, notamment via le financement du Water Resources group (WRG) – un groupe créé par le Forum économique mondial, qui a pour objectif de transformer l’eau en marchandise et lui fixer un prix; le chef de la DDC siège dans son conseil d’administration, aux côtés de Paul Bulcke, le dirigeant de Nestlé.
Pour les organisations signataires de la missive, la politique promue par le WRG s’oppose au contrôle social et démocratique de l’eau par les populations locales.

UNE LUTTE INTERNATIONALE. Dans sa déclaration finale, le Forum mondial de l’eau alternatif a lancé un appel à la population
mondiale pour qu’elle lutte en défense de l’eau. Cette ressource vitale n’est pas une marchandise et ne doit pas être commercialisée. Elle appartient à tous. La lutte pour le droit à l’eau est aussi un combat pour la démocratie et l’autodétermination.
Un combat qui doit être mené en commun et dans lequel la solidarité internationale est indispensable (Traduction: Patrick Vogt)! ◼

Sur le vif
DÉNONCÉE, NESTLÉ VEND SES ACTIVITÉS AU BRÉSIL
Le 20 mars, 600 agricultrices du Mouvement des Sans Terre (MST) ont occupé le siège de la multinationale Nestlé à São Lourenço, dans le sud de l’État de Minas Gerais.

Objectif: dénoncer la privatisation de l’eau au Brésil – et le rôle joué par la multinationale helvétique.

En 1994, Nestlé a acheté les sources d’eau potable situées dans la municipalité de São Lourenço. Elle y a pompé et déminéralisé 19 millions de litres d’eau par année. La population locale dénonce une surexploitation qui a abouti à l’assèchement de deux sources.

Début 2018, des rumeurs ont fait état de supposées négociations entre le gouvernement brésilien et les entreprises Nestlé et Coca-Cola, visant à privatiser l’Aquifère Guaraní – la seconde plus grande source d’eau potable souterraine au monde, située à cheval entre le Brésil, le Paraguay, l’Argentine et l’Uruguay. Les rumeurs ont été démenties par les deux entreprises concernées et les autorités brésiliennes.

Fin mars, le journal économique brésilien Valor Economico a annoncé que Nestlé vendait ses activités liées à la commercialisation de l’eau dans le pays – y compris les sources de São Lourenço – au groupe Edson Queiroz. Ce dernier contrôlera désormais plus de 12% du marché brésilien de l’eau en bouteille – plus de sept milliards de francs suisses de chiffre d’affaire annuel – qu’il domine devant Coca-Cola, Pepsico et Danone.

Nestlé a annoncé qu’elle concentrera ses activités liées à l’eau «dans des pays où elle a une position de leader». La société reste le numéro un mondial de l’eau en bouteille. SERVICES PUBLICS ◼︎

YVONNE ZIMMERMANN . COORDINATRICE SOLIFONDS

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