La peur règne sur le Réseau santé de la Sarine

FRIBOURG . Licenciements, burnouts, démissions. Les salariés du Réseau santé de la Sarine (RSS) – et particulièrement du Home médicalisé de la Sarine – sont à bout. Appuyé par le SSP, le personnel a transmis un cahier de revendications au comité de direction. Et envisage des mesures de lutte.

Ce n’est pas la première fois que le Home médicalisé de la Sarine (HMS), la plus importante institution du RSS – ce dernier chapeaute le Home médicalisé de la Sarine, les soins à domicile et les services des ambulances du district – se trouve face à des dysfonctionnements majeurs. En 2011, le personnel avait dénoncé des problèmes organisationnels et des licenciements abusifs. L’affaire s’était soldée par le départ, en 2014, de la directrice du HMS. Un autre scandale a ébranlé l’ACSMS – l’ancêtre du RSS – en 2014: celui de la faillite de sa caisse de pension, avec 57 millions de francs partis en fumée. La fusion du RSS devait permettre de tourner cette page troublée.

DYSFONCTIONNEMENT GÉNÉRALISÉ.
Las, cette stratégie a échoué. Selon de nombreux salariés, la situation a même empiré. Si le HMS cristallise les dysfonctionnements, ceux-ci se sont désormais étendus aux secteurs qui fonctionnaient très bien avant la fusion de 2015: les ambulances et les soins à domicile. Le personnel dénonce un management délétère ainsi que l’intransigeance de la direction. Communiquer est devenu impossible. La gestion des ressources humaines est brutale. Au HMS, les accusations visent également la directrice d’établissement ainsi que deux cadres soignants.

PURGE EN MARCHE.
Depuis 2015, le RSS est le théâtre d’une véritable «purge», visant d’abord le personnel en place avant la fusion. Tous les secteurs sont concernés, mais la situation est la plus dégradée au HMS. Beaucoup de salariés sont en situation de burnout, ce qui se traduit par un taux de rotation du personnel élevé. Nombre de salariés sont poussés au départ; les licenciements abusifs ou les entretiens d’évaluation tronqués sont légion. En début d’année, dans un but d’économies, la direction a supprimé le poste de pâtissière, mettant sur le carreau une salariée employée depuis plusieurs décennies et déjà aux portes de la retraite! Depuis, les résidents mangent des desserts surgelés…

PLUS DE TEMPS À PERDRE.
Le SSP a dénoncé cette situation plusieurs fois auprès de la direction du RSS, qui lui a répondu que la structure a besoin de temps pour se mettre en place. Cette excuse ne sera plus tolérée. Le personnel, appuyé par le syndicat, a émis un cahier de revendications. Ce document met au jour le manque de communication, les cas de mauvaise application de la Loi sur le personnel, les pressions sur le lieu de travail, la mauvaise gestion des horaires ou encore la maltraitance envers les résidents. Ces demandes ont été adressées directement aux membres du comité de direction.

PRÊTS À LA MOBILISATION.
Employés et syndicat exigent que des mesures concrètes et rapides soient prises afin de modifier une situation intenable. Ils demandent également une séance de discussion. Objectif: que le comité de direction puisse entendre les doléances du personnel et trouver des solutions adéquates – ce qui implique un changement au sein des instances directrices. Le comité de direction a jusqu’à la fin novembre pour donner une réponse. Dans la presse, les réponses du président du RSS, le préfet de la Sarine Carl-Alex Ridoré, sont jusqu’à présent restées vagues. Le personnel, de son côté, est prêt à se mobiliser de manière plus offensive.

Sur le site internet du Réseau santé de la Sarine (RSS), une soignante pose des mains attentionnées sur une personne âgée. Les deux femmes sourient, confiantes et détendues. Belle image. Qui cache, selon les témoignages d’une dizaine de salariées, une réalité autrement plus glauque. «Au travail on se tait, et on explose au-dedans», résume une aide-soignante, les larmes aux yeux. Au fil des prises de parole, une souffrance longtemps contenue se libère. «Le plus grave, c’est qu’ils nous méprisent. On devient tous malades», glisse une salariée des soins à domicile, qui avoue ne plus dormir depuis des mois. L’ensemble des métiers – soins, intendance, cuisine, ergothérapeutes – et les trois entités qui forment le RSS – ambulances, soins à domicile, HMS – semblent touchés par des pressions qui vont crescendo depuis leur regroupement sous un toit commun au 1er janvier 2016.

SEULE AVEC QUINZE RÉSIDENTS.
Au sein du RSS, le stress dû à des dotations insuffisantes en personnel – renforcées par les maladies à la pelle, souvent de longue durée et non remplacées – est devenu permanent. «Parfois, trois personnes doivent prendre en charge 18 résidents», dénonce une aide-soignante qui a quitté, de guerre lasse, le home de la Sarine après dix-sept ans de service. Pour boucher les trous, apprentis et stagiaires sont intégrés dans les dotations. Avec des situations gratinées à la clé – comme cette apprentie de 15 ans, inexpérimentée, qui s’est vu confier la garde, seule et durant quatre heures, de dix-sept résidents de l’EMS. Ce manque de personnel est renforcé par des défaillances lourdes dans l’organisation du travail, voire un non-respect du cadre légal. Les doléances pleuvent: horaires de travail non transmis puis changés sans consultation, parfois le jour même; calendrier de vacances inexistant; attestations de formation non remises; non-paiement des heures supplémentaires, etc.

MANAGEMENT DE LA PEUR.
À cela s’ajoute un total manque de respect. «Incapables»; «Vous êtes juste bonnes à aller vendre des crêpes»; « Si ça ne vous plaît pas, allez voir ailleurs»; «Des anciens, il y en a encore à foutre dehors». Voilà, entre autres joyeusetés, les remarques subies par les salariées de la part de leur encadrement. «Rabaissée, méprisée», les mots reviennent en boucle dans les témoignages. Au cœur du problème, on retrouve la cheffe d’établissement du HMS, «qui fait peur à tout le monde», ainsi que deux ICUS. Mais en arrière-plan, c’est l’ensemble de la direction qui couvre un mode de fonctionnement délétère: «Ma cheffe me rabaissait. Et quand je me suis plainte, la direction m’a dit que c’est moi qu’on allait foutre dehors, pas elle», témoigne une soignante. Résultat: un arrêt maladie, une démission, forcée; puis, des mois pour se reconstruire.

RÉSIDENTS MALTRAITÉS.
À personnel en souffrance, résidents en souffrance. «On en arrive à devenir maltraitants. Mais on n’est pas d’accord, on ne veut plus être complices», souffle une aide-soignante, visiblement au bout du rouleau. Les manquements dénoncés, liés au manque de personnel, sont graves: chutes répétées; personnes âgées poussées à faire leurs besoins dans les couches plutôt qu’aux toilettes; refus de douches ou de bains; sonnettes cachées aux résidents, certains étant même enfermés dans leur chambre lorsqu’ils osent appeler le personnel. «On a même, aujourd’hui, des personnes âgées qui souffrent d’escarres car elles ne bougent pas assez», explose une employée de l’EMS. Dont le rêve est de pouvoir amener au soleil les résidents, d’habitude confinés à l’intérieur.

MARSENS POUR LES RÉCALCITRANTS.
Des résidents qui, de leur côté, sont invités à se taire. Plusieurs employées nous confirment que les pensionnaires du home qui osent dénoncer les dysfonctionnements peuvent faire l’objet de représailles. «Après que des personnes qui ont toutes leur tête s’étaient plaintes des problèmes, des cadres nous ont dit: ‘cette personne est folle.’». Des résidentes auraient été envoyées en séjour à Marsens pour avoir osé se plaindre. Une participante résumait la situation en une phrase: «Aujourd’hui, c’est la peur qui règne sur le RSS.»

3 novembre 2017, Services Publics Catherine Friedli, Secrétaire SSP, Région Fribourg - Guy Zurkinden – Rédacteur

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