Sauver ou condamner la poste: le dilemme d’un épicier

A Gryon, Claude Zaugg a été contacté par le Géant jaune pour créer une agence dans son commerce. Il exprime ses réticences.
Claude Zaugg peine à comprendre la fermeture annoncée de l’office gryonnais. «La Poste dit que ce bureau n’est pas rentable. J’y vais deux fois par semaine: à chaque fois, il y a la queue.»

Dans le village des Alpes vaudoises, le boucher et épicier n’est pas le seul à s’offusquer de la décision du géant jaune: la pétition lancée il y a un mois par des résidents secondaires pour tenter de sauver le guichet a récolté près de 1000 signatures (Gryon compte 1200 habitants).

Le couperet est tombé en décembre dernier. Comme elle l’a fait dans d’autres localités, La Poste a alors proposé à la Municipalité locale deux issues: un service à domicile ou la création d’une agence postale dans un commerce du village. Dans ce but, l’entreprise a pris contact avec Claude Zaugg pour lui exposer ses conditions. «Je dois supprimer 2 m2 de rayonnages pour l’installation d’une borne inter­active et 2 m2 dans mes réserves pour stocker les colis.»

La contrepartie? «La Poste me verserait entre 20 000 et 25 000 francs par an.» Conformes aux montants annoncés par le syndicat Syndicom, ces chiffres ne sont ni confirmés ni infirmés par l’entreprise. Celle-ci indique toutefois qu’un bonus sur la réalisation des objectifs qualité et une indemnité variable en fonction du chiffre d’affaires peuvent s’y ajouter.

S’il accepte de gérer une agence, Claude Zaugg devra en outre assister les usagers dans les tâches les plus complexes et jouer les postomats: «Les clients doivent pouvoir retirer un peu de liquide avec leur carte dans une agence. Cela signifie que je dois avoir un fonds de caisse suffisant. Cet argent, je vais aujourd’hui le chercher… à la poste de Gryon.»

Quid de l’apport de clientèle potentiellement généré par cette activité annexe? «J’ai contacté plusieurs commerçants qui ont fait le pas. Certains sont enchantés, mais globalement on me dit de ne pas m’attendre à des miracles.» D’autant que, pour continuer à servir au mieux ses clients tout en aidant les personnes présentes pour des transactions postales, le Gryonnais estime qu’il devra embaucher. «Ce qui signifie de la masse salariale et des charges sociales en plus. Et aussi des heures supplémentaires, car en fin de journée je devrai gérer les comptabilités de mes magasins et de l’agence.»

«C’est inéluctable»

A vue de nez, le jeu n’en vaut guère la chandelle. Mais Claude Zaugg ne ferme pourtant pas la porte. Car le dilemme est cornélien. «Mon but absolu est de sauver notre poste. Elle joue un rôle important dans une commune comme la nôtre. Mais je veux aussi maintenir un service au village. Si je refuse, on prend le risque de se retrouver avec un service à domicile, ce qui n’est pas une bonne solution. Si je dis oui à l’agence, on garde une offre postale. Mais le guichet ferme.»

La Municipalité estime que la solution de l’agence est la moins dommageable. Le vice-syndic, Michel Ravy, n’imagine guère La Poste faire machine arrière: «C’est inéluctable. Même Ollon, village autrement plus dense que le nôtre, n’a obtenu qu’un sursis. A partir de là, il nous semblait plus constructif de dialoguer avec La Poste au lieu de partir en guerre contre elle.»
Pour l’élu, l’idéal serait la création d’une agence à Gryon plutôt qu’à Barboleuse, sur les hauts de la commune. «Nous n’avons pas encore rencontré M. Zaugg, mais une discussion doit avoir lieu pour trouver une solution.» Pourrait-elle passer par un soutien financier au commerçant? «Pourquoi pas? Nous soutenons déjà la Maison du Terroir, parce que nous estimons qu’il est important de maintenir du commerce ici. La question va en tout cas se poser.»

(24 Heures, 16 Février 2017)

Le syndic sort de table

«Je n’aurais pas été en mesure de faire un choix quant à la fermeture de la poste de Gryon. Je me suis donc retiré des débats.» Et pour cause, Pierre-André Burnier cumule les casquettes de syndic et… de responsable de l’office postal de Bex.

Face à cette position délicate, l’élu a transmis les rênes au vice-syndic, Michel Ravy. Reste que parmi le comité citoyen constitué pour sauver la poste, certains s’interrogent: la position du syndic a-t-elle conduit l’exécutif à défendre un peu trop mollement le guichet tatchi? L’édile risquait-il son emploi en cas de blocage par ses collègues municipaux? «Il n’y a pas eu de pression ni de chantage de la part de la Poste en ce sens, répond Michel Ravy. Les guichets postaux sont des éléments très sentimentaux. Mais vouloir en maintenir partout est un combat d’arrière-garde. La seule possibilité qui s’offre à nous est: «Quelle solution allons-nous mettre en place pour maintenir un service à Gryon?» Il y a plusieurs commerçants susceptibles d’accueillir une agence à Gryon et Barboleuse. Et si cela ne se fait pas, il reste l’Office du tourisme, la Maison de Commune…»

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