La caisse unique séduit

Sondage • Les électeurs plébiscitent le système de santé suisse. Mais ils seraient toutefois d’accord d’en changer. Une aubaine pour les socialistes.

Les sondages sont toujours à interpréter avec prudence. Celui publié hier par l’institut gfs. bern, sur mandat de l’industrie pharmaceutique, n’échappe pas à la règle. Car ce «monitoring» annuel de la santé présente cette fois quelques résultats étonnants, parfois contradictoires, du moins en apparence.Commençons pas le degré de satisfaction concernant le système de santé, qui atteint 76%. «L’approbation la plus haute jamais mesurée depuis la refonte de l’assurance-maladie en 1996», remarque Claude Longchamp, président de gfs. On n’arrivait pas à 50% il y a dix ans.

Réorientations refusées
Cette confiance, suggère Claude Longchamp, explique probablement pourquoi le peuple a rejeté très largement toutes les grandes réorientations du système, que ce soit la caisse unique (2007), la suppression du remboursement obligatoire des médecins (2008) ou la promotion des réseaux de soins (2012). Mais un autre résultat du sondage semble contredire ce constat.
Il s’agit de la nouvelle initiative socialiste «pour une caisse publique d’assurance-maladie», discutée actuellement aux Chambres fédérales. La moitié des personnes sondées y sont favorables, alors que 28% sont contre, et qu’on compte 22% d’indécis. Et il n’y a pas de réel clivage gauche droite. Chez les électeurs sûrs d’aller voter le jour venu, les partisans représentent même 65%, alors que les opposants restent 28% (et 7% d’indécis).

Concurrence critiquée
La campagne n’a de loin pas démarré et seule une minorité de gens connaissent le contenu de l’initiative, relativise Claude Longchamp. Mais le soutien au système actuel n’empêche pas la critique. Ainsi, plus de 80% des gens interrogés estiment que la concurrence entre caisses doit être mieux réglementée: elle favorise trop les bons risques, entraîne des coûts inutiles qui plombent les primes.
Les réactions n’ont pas tardé. Le Parti libéral-radical écrit que le soutien à la caisse unique repose sur le «faux espoir d’une baisse des primes», les citoyens étant séduits par une «initiative trompeuse». Pour le comité d’initiative, au contraire, les gens réalisent que le système actuel de caisses est compliqué et dispendieux, que «la fausse concurrence conduit vers plus d’inégalité et d’arbitraire».

Pénurie? Quelle pénurie?
Un troisième résultat du sondage étonne. Pour 64% des gens interrogés (tant en ville qu’en milieu rural), il y a «suffisamment» de médecins de famille dans leur région, 13% estimant même qu’il y en a «trop». Ceci va à l’encontre de l’alarmisme des milieux médicaux (initiative pour la médecine de famille) et des mesures prises ou envisagées aux niveaux politique, fédéral ou cantonal.
Pour Claude Longchamp, la population n’ignore pas qu’une pénurie se prépare à moyen terme mais, visiblement, ne la constate pas aujourd’hui. Elle est d’autre part persuadée qu’une hausse du nombre de médecins entraîne clairement des coûts supplémentaires. Et, accessoirement, que les mesures pour contrer la future pénurie ne doivent pas être facturées aux assurés. I

MARDI 25 JUIN 2013, François Nussbaum, Le Courrier

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