Booster le rail vaudois

Le canton vise une cadence de trente minutes sur tout le réseau à l’horizon 2050.
Pour Nuria Gorrite, seul un report massif de la route au rail permettra de concilier objectif climatique et besoins de mobilité.
Anticiper aujourd’hui pour mieux se défendre à Berne demain: tel est l’esprit, en substance, de la présentation jeudi à Lausanne de la stratégie ferroviaire vaudoise «Vision 2050». Avec une augmentation de 30% du volume de mobilité par rapport à 2015 d’ici à cette date, la conseillère d’État chargée des Transports, Nuria Gorrite, n’a pas hésité à parler de «chantier du siècle.»

Et ceci dans un canton où la mobilité pèse pour 40% des émissions de CO2 cantonales. Elle a décliné les principales «boussoles» afin de pouvoir aller «décrocher les financements fédéraux» nécessaires à relever ces défis.

Meilleures cadences

L’ambition? Dans un contexte écologique de «réduction des émissions tout en devant répondre à des besoins de mobilité en hausse, a balisé la ministre socialiste, seul un report massif de la route au rail» fera l’affaire. Ce qui implique d’ici au mitan du siècle une augmentation de la demande ferroviaire de +45% pour le transport de marchandises et +90% – un quasi-doublement – pour le transport des personnes. Dans le cadre de la stratégie Vision 2050, le Grand Conseil avait délié les cordons de la bourse à hauteur de 11 millions de francs pour un crédit d’études afin de déterminer les développements nécessaires à cette ambition.

Pour doubler le report modal vers le rail et booster cette offre, il s’agit d’augmenter les cadences, et de réduire le temps de parcours. Avec comme «socle de base», affirme Nuria Gorrite, des cadences de trente minutes à n’importe quel point du réseau cantonal, voire de quinze minutes «dans les agglomérations et le long des axes à forte demande». Et comme défi, «éviter l’asphyxie» du fameux nœud ferroviaire romand qu’est Lausanne, en construisant à terme une extension souterraine de sa gare avec de nouvelles voies à quai, ou encore un tunnel sous Lavaux entre la capitale vaudoise et Vevey afin de préserver le paysage ainsi qu’une liaison directe entre Bussigny et Morges.

Nouvelles lignes

Ces infrastructures «indispensables» à l’intérieur du canton doivent être complétées par une 2e ligne de train entre Lausanne et Genève, mais aussi par une accélération de la cadence entre le chef-lieu vaudois et Berne, avec, ici, l’objectif de relier les deux capitales en quarante-cinq minutes (promesse non tenue de Rail 2000), avec un nouveau tracé traversant Moudon plutôt que Palézieux. Au-delà d’un meilleur – et plus rapide – raccordement intercantonal entre ces grandes agglomérations, des mesures cette fois «importantes et ponctuelles» visent à un meilleur maillage de régions plus petites.

«Les cantons sont désormais obligés d’anticiper au maximum et de présenter une vision globale» Nuria Gorrite

Comme la restauration d’un tracé entre Vevey et Châtel-St-Denis (FR), «ou même jusqu’à Bulle, peut-on imaginer», a spécifié Nuria Gorrite. Ou encore des nouvelles lignes entre Cheseaux et Renens grâce au LEB, ainsi qu’entre Bex et Monthey (VS). Et, à Chavornay, la construction d’une liaison directe pour Orbe et Grandson, via Yverdon.

Ces lignes «tangentielles» visent à «offrir des bypass pour éviter le nœud de Lausanne et offrir des respiration au système», a encore résumé la conseillère d’Etat. Ce centre de la mobilité romande et nationale pourrait ainsi davantage jouer son rôle international en offrant, vers l’ouest de l’Europe «une alternative à EasyJet pour mieux rejoindre la gare de Lyon Part Dieu», imagine encore la ministre. Tout en préservant les «relations historiques avec Paris, mais aussi Milan, qui met l’Italie à notre botte», et en ayant comme objectif, pour le nord du Vieux-Continent, un meilleur raccordement avec «le hub des trains de nuit de Bâle, qui est aussi important que celui de Zurich», estime Nuria Gorrite.

«Construire les alliances»

Un ensemble de projets dont l’enveloppe devrait représenter «à grosses mailles 20 milliards de francs progressivement et sur plusieurs décennies». Dont plus de 80% allant à la concrétisation de l’offre ferroviaire nationale, et 4 milliards pour l’offre régionale. Ce sera le rôle de la Confédération et des CFF «de finaliser les tracés et chiffrer le coût» dans le contexte des rapports de force et des décisions que prendront les Chambres fédérales sur la mobilité, a-t-elle encore rappelé.

«Mais les cantons sont désormais obligés d’anticiper au maximum et de présenter une vision globale, ce qui est beaucoup plus confortable et crédible» face aux instances de la Confédération, a résumé ainsi Nuria Gorrite. «Un exercice indispensable pour construire les alliances de demain, et obtenir les moyens à la hauteur de cette vision», a-t-elle finalement conclu, en notant qu’elle rencontrera à nouveau le conseiller fédéral chargé des transports, Albert Rösti, «dans les prochaines semaines».

Le Courrier, 25 janvier 2024, Achille Karangwa

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