Les Cantons font les grippe-sous

Les hausses salariales octroyées par les exécutifs romands se situent toutes en-dessous de l’inflation. Une pingrerie qui contraste avec la situation financière favorable de ces cantons.
Fribourg: 2,74%; Jura: 2,08%; Genève: 2,44% ; Neuchâtel: 1,8% (encore moins pour les secteurs santé et social); Valais: 2%; Vaud: 1,4% (auquel s’ajoutera, pour les salarié-e-s des classes 1 à 10, une «prime pour la vie chère» de 0,8% en moyenne, dont seront cependant exclu-e-s les employé-e-s du secteur parapublic).


Voilà le niveau des hausses salariales accordées par les Conseils d’Etat romands à leurs fonctions publiques. Partout, ces taux sont inférieurs à l’inflation, qui tourne autour des 3%. Hormis Fribourg et Genève, la majorité des exécutifs concèdent même des augmentations plus faibles que la moyenne du patronat helvétique (tous secteurs confondus), estimée à 2,2% par les économistes d’UBS. Et on est très loin des 3,5% accordés par l’Etat de Zurich à ses employé-e-s.

On est loin du compte

Dans plusieurs cantons, ces résultats sont le fruit de mobilisations syndicales qui ont permis d’améliorer les propositions initiales. Ils restent cependant loin des revendications formulées par l’Union syndicale suisse (USS), soit des hausses entre 4% et 5%. Pour justifier leur pingrerie, la plupart des exécutifs évoquent un «contexte instable» qui représenterait une menace pour l’équilibre financier des collectivités. Cet argumentaire est mis en pièce par une récente étude de l’Union syndicale suisse consacrée aux finances cantonales.

À 5,7 milliards près…

Le rapport de l’USS met d’abord le doigt sur le décalage entre les prévisions budgétaires catastrophistes des Cantons et la réalité. Au printemps 2022, lorsque les comptes 2021 ont été clôturés, «il est apparu que l’excédent cumulé des comptes de résultats de tous les cantons s’élevait au total à 2,8 milliards, alors qu’un déficit cumulé de 2,9 milliards avait été budgétisé», souligne Reto Wyss, économiste au sein de la centrale syndicale. Les cantons se sont donc trompés dans leurs estimations de… 5,7 milliards.

Les cantons romands n’ont pas été en reste. À Genève, la gigantesque «erreur» de pronostic du Conseil d’Etat a marqué les esprits: l’exécutif genevois avait prédit un déficit de 49 millions de francs en 2021, finalement transformé en excédent de… 847 millions. Cet écart était le fruit d’une sous-estimation massive des recettes fiscales, supérieures de près d’un milliard de francs à ce qui avait été budgété. On retrouve une situation similaire dans le canton de Vaud, où «la différence entre les projections de recettes fiscales inscrites dans le budget et ce qu’a réellement encaissé l’Etat aux comptes s’élève à 903 millions». Rien de nouveau dans le contexte vaudois où, «depuis plus d’une décennie, les recettes fiscales sont sous-évaluées de quelque 500 millions en moyenne annuelle» [1].

Recettes fiscales en hausse

Qu’en sera-t-il des comptes cantonaux en 2022? Il faudra attendre le printemps prochain pour avoir des chiffres précis. Cependant, les projections existantes «laissent supposer que des erreurs massives de budgétisation ou d’importants excédents comptables persisteront», indique l’USS. Pour 2022, 13 cantons sur 26 ont prévu des déficits, pour un montant cumulé de 224 millions. Ces prévisions sont une fois de plus beaucoup trop pessimistes, estime Reto Wyss. En effet, les recettes fiscales devraient à nouveau augmenter (+2,6 milliards au total) cette année. En revanche, il faudra s’attendre à une baisse des rentrées issues des bénéfices distribués par la Banque nationale suisse.

La bataille continue

Bilan des courses: en 2023, la plupart des cantons enregistreront probablement une fois de plus des bénéfices, en contradiction avec leurs prévisions budgétaires. Cette situation financière favorable leur permettrait, estime l’USS, d’accorder la pleine indexation à leurs employé-e-s, tout en augmentant les aides destinées à la population la plus touchée par la hausse du coût de la vie. Les gouvernements cantonaux ont choisi, au contraire, de «garder les cordons de la bourse extrêmement serrés, au détriment de la population», dénonce Reto Wyss.

Selon le géant de la gestion d’actifs européen Amundi, l’inflation devrait «rester à un niveau élevé pendant la plus grande partie de l’année 2023» [2]. Après deux années, 2021 et 2022, marquées par une baisse des salaires réels, la bataille pour le pouvoir d’achat gardera toute son actualité.

[1] 24 heures, 4 novembre 2022.

[2] Le Temps, 12 décembre 2022.

Services publics, 16 décembre 2022, Guy Zurkinden

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