AVS 21 : encore des économies !

La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des États a presque terminé sa discussion du projet AVS 21. Une majorité de ce cénacle est favorable à l’élévation de l’âge de la retraite des femmes – qui devrait permettre d’économiser 1,4 milliard par an sur le dos des salariées. Elle veut aussi abaisser le montant des maigres mesures transitoires prévues par le Conseil fédéral.

ÉCONOMISER ENCORE. Le projet AVS 21 reprend une vieille revendication de la droite, l’élévation de l’âge de la retraite des femmes, et lui adjoint une augmentation de la TVA de 0,7%. Pour faire passer la pilule, le Conseil fédéral y a ajouté des «mesures transitoires» destinées aux femmes nées entre 1959 et 1967, soit les neuf premières années suivant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi: en cas de départ à la retraite à 64 ans, les femmes touchant un revenu annuel inférieur à 56 880 francs ne subiraient pas de réduction de leur rente; pour celles qui gagnent plus, la baisse de rente serait de 2%, au lieu de 4%.
La commission du Conseil des États veut limiter ces mesures transitoires aux femmes prenant leur retraite au cours des six années qui suivront l’entrée en lice du texte – ce qui entraînerait une économie de près de 300 millions de francs en 2030.
En parallèle, ses membres demandent que le départ anticipé à la retraite ne soit possible qu’à partir de 63 ans pour les femmes – le Conseil fédéral proposait 62 ans.
Seule proposition plus favorable que le projet d’Alain Berset: la commission veut relever légèrement (de 150 à 155% de la rente maximale) le plafond fixé pour les rentes des couples. Cette mesure, proposée par Le Centre (ex-PDC), permettrait d’augmenter de 120 francs mensuels la rente touchée par une partie des couples mariés. Elle coûterait environ 650 mil-lions de francs.

APPEL SYNDICAL. Ces annonces ont suscité une levée de boucliers de l’Union syndicale suisse (USS) – soutenue par les partis de gauche. Selon l’USS, l’élévation de l’âge de la re-traite des femmes entraînerait une perte de 1200 francs annuels pour chaque salariée. Dans ce contexte, la droite a décidé de sabrer dans des compensations «pour-tant déjà honteusement faibles compte tenu de l’écart important des rentes des AVS 21: encore des économies !La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des États veut encore raboter le projet du Conseil fédéral. femmes», dénonce la faîtière syndicale. L’USS a donc lancé un appel aux conseillers aux États, leur demandant de renoncer à augmenter l’âge de la retraite des femmes et d’élever le montant de leurs rentes (https://appel.rentes-des-femmes.ch). En quelques jours, l’appel a récolté plus de 250 000 signatures. De son côté, la Grève féministe a entamé une campagne, qui durera toute l’année, contre l’élévation de l’âge de la retraite des femmes.La seule mesure qui rencontre l’approbation de l’USS est la hausse du plafonne-ment des rentes de couples mariés. «La moitié des personnes qui sont parties à la retraite en 2018 doit s’en sortir avec moins de 3450 francs par mois», rappelle la centrale syndicale. Dans ces conditions, augmenter le plafond de la rente individuelle maximale «représente un pas vers une amélioration des rentes absolument nécessaire». Les personnes seules et les couples mariés ayant des revenus bas ou moyens n’en bénéficieront cependant pas.

EN MARS AUX ÉTATS. La commission doit encore se pencher sur le dernier point central d’AVS 21: la question de l’augmentation de la TVA (0,7%) visant à augmenter les ressources de l’assurance sociale – à hauteur de 2,5 milliards de francs par an. Ce point sera débattu en février. Le Conseil d’État dans son en-semble se penchera ensuite sur le texte au mois de mars.Comme le souligne le quotidien alémanique NZZ, le projet AVS 21 reste «hautement instable» (1). Cette instabilité se limite cependant à la question des «compensations» à accorder à l’élévation de l’âge de la retraite des femmes, et sur le montant de l’augmentation de la TVA – qu’une partie de la droite veut abaisser.

UNITÉ BOURGEOISE SUR LE FOND. En revanche, il y a unité des partis bourgeois et du Conseil fédéral pour faire travailler les femmes plus longtemps. Une mesure pourtant particulièrement absurde et antisociale au moment où le chômage grimpe, frappant particulière-ment les salarié-e-s âgé-e-s – tandis que, en parallèle, les dividendes continuent à couler à flot, y compris au sein d’entre-prises qui licencient ou ont recours au chômage partiel.Il est donc temps d’aiguiser crayons et arguments dans la perspective d’un référendum.

◼(1)NZZ, 30 janvier 2021.

AVS 21: nous ne lâcherons rien !

2021 est une année jubilaire pour les femmes: cela fait 50 ans que nous avons le droit de vote, 40 ans que l’article constitutionnel sur l’égalité a été adopté, le 14 juin 1981. Une année jubilaire qui montre la lenteur avec la-quelle nos droits ont progressé, ainsi que la persévérance et l’énergie qu’il a fallu à plusieurs générations de militantes pour obtenir un droit qui faisait déjà partie de l’histoire dans la plupart des pays du monde. Cette persévérance nous a été nécessaire pour conquérir chacun de nos droits. Pensons à la solution des délais en matière d’avortement, au congé maternité, à l’article constitutionnel pour l’égalité. Une énergie qui a valu à la Suisse, pays de la paix du travail, deux grèves féministes qui ont marqué l’histoire et qui constituent un fil rouge entre les générations. 1991 et 2019: deux moments forts qui ont permis à des dizaines de milliers de femmes de prendre conscience de leurs droits, mais surtout de comprendre que ces droits, il faut se battre ensemble pour les conquérir. Des moments aussi qui ont permis de construire des solidarités dans une société où le patronat et la droite n’hésitent jamais à appliquer le bon vieux dicton du «diviser pour régner».
En ce début d’an-née jubilaire, ces solidarités se sont exprimées avec une vigueur renouvelée lors des Assises de la Grève féministe et des femmes*, qui se sont tenues virtuellement à cause de la pandémie, réunissant plus de 500 femmes* déterminées à ne rien lâcher.
En 2021, nous ne lâcherons rien sur les retraites. Malgré deux votations perdues, le Conseil fédéral – son ministre socialiste Alain Berset en tête –, la droite et le patronat s’obstinent à vouloir nous imposer une hausse de l’âge de la re-traite des femmes. L’Appel de l’USS, lancé après la décision de la majorité de la commission du Conseil des États de péjorer AVS 21, a récolté 250 000 signatures en quelques jours. Un signal fort contre une ré-forme qui n’est que poudre aux yeux. Les mesures dites de compensation ne sont que des mesures transitoires qui visent à «ache-ter» des voix, comme l’a dit si bien Jérôme Cosandey, patron d’Avenir suisse, sur les ondes de la RTS 1. Mais nos vies et nos voix ne sont pas à vendre. AVS 21 doit être retirée. La réforme dont nous avons besoin doit augmenter les rentes, pas l’âge de la retraite.
En 2021, nous ne nous laisserons pas diviser. Nous refusons les faux semblants dont se pare l’initiative de l’UDC sur l’interdiction de se dissimuler le visage. Une initiative à l’image du parti qui l’a lancée: xénophobe, islamophobe et misogyne. Avec son initiative, l’UDC mène un énième combat contre «les étrangers», remet une couche de haine supplémentaire envers les musulman-e-s et considère les femmes comme des êtres incapables de décider elles-mêmes comment elles veulent s’habiller. En 2021, d’autres combats nous attendent: la révision de la loi qui punit les crimes sexuels, le mariage pour toutes et tous, ou encore la convergence des luttes avec la Grève pour l’avenir prévue le 21 mai prochain. Nous aurons besoin de beaucoup de persévérance et d’énergie!

◼(1)Forum, 1er février 2021.

Michela Boloventa, Secrétaire Centrale, SSP

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