Impératif de lutte

La «stratégie du choc» – qui consiste à profiter de l’état de sidération provoqué par une crise pour faire adopter les pires réformes – semble avoir des adeptes au Conseil d’État genevois. C’est en tout cas ce que laissent penser les coupes annoncées pour les quatre prochaines années dans les revenus des travailleurs du secteur public

: des baisses brutales – de 6% à 9% –, probablement inédites dans leur ampleur. Sans doute l’exécutif prêche-t-il le plus pour obtenir un peu moins. Mais cela ne rend pas le projet moins indécent ou moins inepte.

Inepte, en effet, l’idée de couper linéairement dans les salaires de dizaines de milliers d’employés, au risque de toucher plus durement les plus modestes. De quoi plomber la consommation des Genevois, et ce en pleine récession.

Injuste, car les difficultés de la collectivité doivent être soldées équitablement par l’ensemble de ses membres. Soit en premier lieu par l’impôt, garant de justice sociale. Se servir dans la poche de ses employés revient à leur infliger une double peine.

Particulièrement choquante est la diminution de la cotisation patronale au deuxième pilier. Faut-il rappeler que la contribution actuelle des deux tiers a été confirmée par le peuple il y a moins d’un an et demi lors du vote sur le renflouage de la Caisse de retraite?

Dans un contexte où le chômage partiel a rogné nombre de revenus et où la crainte des licenciements se fait jour, il est tentant de vouloir faire payer le «fonctionnaire privilégié». Au sein même de la fonction publique, beaucoup de travailleurs hésiteront sans doute à se mobiliser, jugeant leur sort plus enviable que d’autres.

Ce serait une immense erreur et le début d’un démantèlement sans retour. Si privilèges il y a, ils sont chez ceux qui ont empoché les baisses fiscales de ces dernières années ou la spéculation boursière de ce printemps. Sans compter que la réduction des salaires dans le secteur public serait un signal catastrophique donné à l’ensemble du patronat, prêt à en découdre dans le privé également.

En ce sens, la relativement forte mobilisation mardi soir de la base militante du Cartel intersyndical est réjouissante. Reste à savoir comment réagiront leurs collègues. Et s’ils sauront éviter – malgré la pression populiste – les pièges d’un accord au rabais que l’exécutif a sans doute déjà concocté.

Le Courrier, 8 octobre 2020 Benito Perez

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