Pourquoi de tels écarts ?

Les écarts entre les salaires versés au CHUV et ceux du secteur sanitaire parapublic sont importants: plusieurs centaines de francs par mois, avec des variantes selon les fonctions. La question revient sans cesse sur les lieux de travail mobilisés cet automne: pourquoi de tels écarts?


Qu’est-ce qui les explique? Le Conseil d’État vaudois serait-il, naturellement ou politiquement, plus sensible aux conditions de travail des salarié-e-s d e la santé que les employeurs de la FHV ou ceux des EMS? Le CHUV constituerait-il une «aristocratie infirmière», par analogie avec les anciennes aristocraties ouvrières, du fait des salaires plus élevés qui y sont versés? Quelques explications.
L’État, dont le CHUV fait partie, applique depuis décembre 2008 une grille salariale qui comprend 18 niveaux de salaires et exige 26 ans pour passer du salaire plan-cher au salaire plafond de chaque classe. C’est aussi en 2008 qu’est signée pour la première fois la convention collective de travail dans le secteur sanitaire para-public.

LA GRÈVE POUR GAGNER PLUS. En 2007 et 2008, les négociations pour appliquer ce nouveau système salarial à l’État sont en cours. Selon le projet du Conseil d’État, les infirmières (et les fonctions assimilées tels les physiothérapeutes, les techniciens/nes en radiologie médicale, psychologues, etc.) du CHUV sont placées au niveau 8 de la future grille salariale. Pour le personnel concerné et pour le SSP, c’est beaucoup trop bas. Aux côtés des centaines d’infirmières mobilisées au CHUV, notre syndicat s’engage dans une grève qui touche toute l’institution: le 31 janvier 2008, des milliers de grévistes paralysent l’établissement et l’ensemble de l’État. Plus de 20 000 personnes manifestent dans les rues de Lausanne. Lors de la séance de négociations qui suit, le Conseil d’État revoit son projet et s’en-gage à faire passer les infirmières et les fonctions assimilées en classe 9 après trois ans (un an aujourd’hui). C’est une concession importante, arrachée par la grève. Si le personnel avait accepté sans broncher le projet du Conseil d’État, le salaire des infirmières serait aujourd’hui, à peu de choses près, le même que celui versé dans la santé parapublique (1).

FONCTIONS EN LUTTE. Lors du passage à Decfo-Sysrem en décembre 2008, les aides-soignantes sont colloquées en classes 3 et 4. En 2012, inquiètes de l’avenir qui leur est réservé au CHUV, les aides-soignantes s’organisent avec le SSP. Des assemblées générales, nombreuses et suivies, finissent par voter un préavis de grève, exigeant une revalorisation salariale. Des négociations avec le chef du Département de la santé aboutissent à un accord: la classe 4 est obtenue pour toutes et tous et la 5 est ouverte aux aides-soignantes selon des critères faciles à atteindre – ce qui se traduit par une augmentation de salaire importante.
Dans la foulée, le personnel administratif se mobilise et conteste sa classification initiale: il obtient la possibilité de passer à la classe supérieure à l’ancienneté. Des centaines de secrétaires et gestionnaires de dossier du CHUV gagnent une classe grâce à l’accord signé par le personnel, soutenu par le SSP et le chef du Département. Enfin, un an plus tard, après des semaines de mobilisation, une assemblée générale massive des Assistantes en soins et en santé communautaire (ASSC) du CHUV vote également un préavis de grève: les salariées sont insatisfaites du résultat des négociations pour leurs salaires et veulent l’ouverture de la classe 6 pour leur fonction. Les négociations reprennent et la classe 6 est obtenue dans l’accord, signé peu après par notre syndicat, mandaté par les ASSC.

AUGMENTER LES SALAIRES DE LA CCT! Les salaires dans la CCT parapublique n’ont pas bougé depuis son entrée en vigueur, en 2008. La même année, la nouvelle grille salariale de l’État entrait en vigueur au CHUV. Globalement, les salaires proposés dans la CCT et dans la nouvelle grille salariale étaient alors proches. Ce sont les luttes et les mobilisations des salarié-e-s qui les ont fait bouger au CHUV. La mobilisation massive du personnel de la santé parapublique cet automne doit égale-ment permettre d’augmenter les revenus. C’est le moment ou jamais! En route vers la grève le 5 décembre pour défendre nos droits! ◼︎︎
(1) Voir le tableau comparatif sur notre site: https://vaud.ssp-vpod.ch

LA MOBILISATION PAIE
Les écarts salariaux entre le personnel du CHUV (soumis à la grille salariale de l’État de Vaud) et celui de la santé parapublique (couvert par la CCT san) sont importants. En 2019, une aide aux soins employée au CHUV touche entre 4123 francs et 6187 francs par mois; tandis que dans le parapublic, le revenu d’une aide aux soins varie entre 3896 et 5491 francs.
Au CHUV, une infirmière touche de 5282 francs à 8269 francs mensuels; si elle est employée dans le parapublic, elle recevra de 5052 francs à 7434 francs. Les écarts sont aussi significatifs pour le personnel administratif: 4324 à 6187 francs au CHUV, 4012 à 6163 dans le sanitaire parapublic.
Au CHUV, des centaines de salarié-e-s travaillent dans la logistique hospitalière, les cuisines, le service d’hygiène et de restauration, le nettoyage ou l’entretien. Avec le soutien du SSP, ces collègues se sont mobilisé-e-s, dès 2017, pour obtenir des augmentations de salaires. Après un rassemblement dans le hall de l’hôpital pour dénoncer ces bas salaires et revendiquer une augmentation; après avoir lancé une pétition et interpellé publiquement, à de multiples reprises, le Conseil d’État, ces collègues ont enfin obtenu un résultat très positif: les salaires des classes 1, 2 et 3 seront fortement revalorisés au 1er janvier 2020 (voir l’édition précédente de ce journal). Là aussi, ce sont la détermination du personnel et sa mobilisation qui ont permis d’améliorer nettement les salaires. ◼

David Gygax, Secrétaire SSP, Région Vaud
Vanessa Monney, Secrétaire SSP, Région Vaud
Valdemar Verissimo, Photo

1 commentaire à “Pourquoi de tels écarts ?”


  1. 1 Employé 4 déc 2019 à 7:34

    Bonjour,

    En recherche d’emploi j’ai reçu 2 propositions salariales des Hôpitaux signataires de la CCT- FHV.

    J’ai aussi reçu une proposition de l’Hôpital Riviera Chablais, dont j’attendais un salaire supérieur ceux proposés par FHV.

    Le salaire proposé HRC était nettement inférieur,> CHF 300.–/mois, à celui des 2 hôpitaux FHV.

    La grille salariale n’est guère pas tra mieux que celle du FHV.

    Autant dire que ces grilles qui permettent d’eux classes pour une même fonction, sont peu transparentes et laissent beaucoup de marge au RH pour déterminer le salaire la plupart du temps en tirant vers le bas.
    Je ne suis pas convaincue que ça sera gagnante pour les soignants.
    Bien à vous.



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