Billets de train: des millions payés en trop

En multipliant les astuces, les entreprises de transports publics arrondissent à leur avantage le prix des tickets et engrangent de juteux bénéfices. Explications.
Pour déterminer le prix des billets, les entreprises de transports publics appliquent un savant calcul dont la base est constituée par un coût au kilomètre.


En 2018, il se monte à 44,11 centimes, soit 70% de plus qu’en 1990, comme nous l’avions évoqué dans une enquête en 2015 (lire «La voiture bientôt moins chère que le train?»). Ce tarif est dégressif à mesure que la distance augmente. Entre le 49e et le 150e km, il diminue par exemple à 26,29 ct. Pourtant, lorsqu’on multiplie la longueur d’une ligne par le coût au kilomètre, on constate qu’on tombe, à chaque fois, en deçà du prix réel du billet. Pour quelle raison? Parce que les transporteurs ont plusieurs astuces pour majorer ce tarif vers le haut!

L’arrondi qui rapporte gros

La première astuce est la méthode d’arrondi utilisée pour fixer le prix. Elle diffère passablement de celle qu’on enseigne dans les écoles, car, en matière de tickets de train, on ajuste toujours vers le haut! Jusqu’aux 20 ct. supérieurs pour les sommes jusqu’à 24 fr. et jusqu’au franc supérieur ensuite. Une méthode d’arrondi particulière est également appliquée à la longueur de la ligne. Elle est comptabilisée non pas au kilomètre près, mais à hauteur de la valeur maximale d’un palier. Une ligne de 121 km fait, par exemple, partie du palier «121 – 125 km». Le billet sera donc facturé comme si elle mesurait 125 km.

En guise d’exemple, prenons un voyage simple course au plein tarif en 2e classe entre Yverdon et Sion, une ligne ferroviaire qui mesure 131,5 km. Sur la base du tarif kilométrique, le billet devrait coûter 40.45 fr. En réalité, comme la distance est arrondie à 135 km, on passe à 41.35 fr., un montant à son tour arrondi à 42 fr. Bilan: 1.55 fr. de plus dans la poche du transporteur (ici, les CFF).

Des kilomètres fantômes

Mais les habitués de la ligne Yverdon – Sion auront peut-être constaté que le compte n’y est toujours pas, car on débourse non pas 42 fr. mais 43 fr. pour rejoindre la capitale valaisanne. Cette différence s’explique par l’astuce dite du «supplément de distance»: sur la majorité des lignes, le prix est calculé non pas sur la base de la longueur réelle des voies, mais sur la base d’une distance artificiellement majorée pour tenir compte des spécificités du trajet. Ainsi, une fréquence élevée, du matériel roulant confortable et un temps de trajet plus court qu’en voiture font grimper le kilométrage, et le prix avec lui. Nous avions d’ailleurs déjà pointé du doigt cette pratique il y a quelques années de cela (lire «Quand les tarifs déraillent»).

Pour Yverdon – Sion, la distance passe ainsi de 131,5 à 138 km (puis à 140 km après l’arrondi décrit plus haut). Au total, le billet augmente donc de 40.45 fr. à 43 fr. (+6,3%). Modéré ici, ce supplément peut encore prendre l’ascenseur sur certains trajets particuliers, notamment ceux qui empruntent de nombreux tunnels. C’est le cas de Berne – Zurich par le tronçon Mattstetten – Rothrist ouvert en 2004. Alors que la distance réelle est de 117 km, les CFF comptabilisent 164 «kilomètres tarifaires», puis les arrondissent à 170 km ce qui fait bondir le prix du billet de 36.65 fr. à 51 fr. (+39%).

Changer coûterait trop cher

On dépasse même ce pourcentage dans certains cas, notamment les courts parcours au sein d’une communauté tarifaire, à l’instar de Vevey – Puidoux-Chexbres. Un aller simple sur cette ligne de 7,8 km devrait coûter 3.35 fr. Or, ce voyage nécessite l’achat d’un billet Mobilis 3 zones, facturé 5.60 fr… soit 67% de plus. La même stratégie fait grimper le prix d’un billet Lausanne – Yverdon de 15.20 fr. à 18.60 fr. (Mobilis 10 zones).

Toutes ces astuces sont incontestablement une bonne affaire pour les entreprises de transports, car les voyageurs achètent chaque année pour 1,22 milliard de francs de billets. Autrement dit, même un supplément de quelques pour cent causé par des arrondis leur rapporte des millions. Combien exactement? «Cela nécessiterait des calculs complexes, car environ 150 entreprises de transports différentes sont concernées par cette méthode de tarification», indique CH-direct, l’instance qui parle au nom des transporteurs pour toutes les questions de tarification. Des ajustements pourraient, bien entendu, être apportés à la pratique de l’arrondi. «Mais les coûts associés au changement de la méthode de calcul seraient élevés», avance CH-direct.

Bon à savoir / Vincent Cherpillod / Marco Diener

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