Le train-train des CFF

La compagnie ferroviaire BLS aimerait, après avoir fait du trafic grandes lignes de 1913 à 2004, reprendre ce type d’activité sur trois parcours. Son souhait repose sur l’idée que le monde du chemin de fer doit aussi s’ouvrir à la concurrence.


Ainsi les commanditaires de prestations que sont la Confédération et les cantons pourraient choisir l’entreprise qui propose la meilleure offre au niveau des horaires, des tarifs, de la qualité et de la sécurité. Les CFF veulent garder la concession pour eux tout seuls sur les grandes lignes. L’Office fédéral des transports doit trancher et c’est assez cocasse de remarquer que l’organe qui doit décider est en fait, par l’entité qu’il représente, propriétaire à 100 % des CFF. Ceux-ci engrangent 4,28 milliards de francs de produit du trafic et transportent 460 millions de voyageurs par année contre 458,4 millions de francs et 60 millions de voyageurs pour BLS.

Le président de la direction de BLS, Bernard Guillelmon, reconnaît que « la concurrence n’a de sens que si elle améliore tout le système et fait avancer les transports publics suisses ». Il a raison. De leur côté, les syndicats SEV et USS mettent en garde contre la privatisation du réseau helvétique. On peine toutefois à voir le danger. BLS n’est pas une entreprise capitaliste comme Nestlé ou Tamedia qui cherchent la maximisation du profit. Les actions de BLS ne sont qu’à hauteur de 4,65 % en mains privées. Le solde étant détenu pour 55,75 % par le Canton de Berne, 17,24 % par la Confédération, et le reste par d’autres collectivités. Parler dans ce cas de privatisation tient lieu d’abus de langage. BLS comme les CFF sont des entreprises publiques. Quant à savoir ce qu’apporte cette concurrence aux usagers, il est difficile de le percevoir. Nous n’allons pas choisir telle compagnie ou tel tronçon parce que certains wagons nous plaisent davantage que d’autres. Les 250 entreprises de transport en Suisse ont un système unique en Europe qui s’appelle Service Direct et qui fonctionne comme une communauté tarifaire nationale. C’est ce qui nous permet de voyager d’un bout à l’autre du pays avec un seul titre de transport. Nous n’avons pas à nous préoccuper de la clé de répartition des recettes entre les différentes entreprises qui nous véhiculent. Service Direct s’en charge. Et ça marche, les trains « concurrents » sont à l’heure et récupèrent leur dû.

André Draguignan* Chef d’entreprise connu de la rédaction
Vigousse, Jean-Luc Wenger, 4 mai 2018

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