Comment contrer No Billag

Pourquoi veut-on interdire aux Suisses de soutenir par l’impôt une chaîne publique? Pourquoi privatiser la pensée? Quels conglomérats contrôleront l’audiovisuel en Suisse? Selon Frédéric Hausammann, ce sont ces questions-là qui, le 4 mars, devront guider le choix des citoyens devant les urnes.

Nous sommes donc entrés dans la bataille décisive d’une stratégie diabolique nommée No Billag. Fruit d’une bataille publiquement lancée il y a six ans, elle laisse ses adversaires tétanisés par la peur. Je propose ici quelques axes stratégiques pour éteindre l’incendie dans l’immédiat et ne pas se laisser surprendre par le prochain sale coup qui se prépare en coulisse.

Commençons par reconnaître l’habileté des architectes de No Billag, qui sont près de détruire l’audiovisuel public en Suisse, ce qui accélérerait les privatisations faute de médias capables d’en parler de manière équilibrée. Ils ont intelligemment commencé par cibler l’aspect le moins solide de l’édifice: la société de perception de la redevance, Billag, dont les factures ne sont guère populaires. Ils ont lancé, à l’échelle nationale et avec beaucoup de moyens, une pétition demandant à diminuer de moitié le montant de la redevance. Comment ne pas être séduit, si on n’a jamais fait le lien entre la redevance et l’abondance de l’audiovisuel public? Une fois la cible désignée à la colère du peuple, ils ont lancé une initiative pour la suppression de Billag. La suite est connue.

Ce que les initiants taisent avec soin, c’est que l’initiative veut purement et simplement interdire l’audiovisuel public en Suisse. Le nouvel article constitutionnel est imparable: «La Confédération ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision » (Art. 93, al. 4). Mais comme les Suisses sont globalement attachés aux chaînes nationales – malgré des critiques sérieuses – les initiants savent qu’ils ne peuvent agresser ouvertement cette institution. Alors ils lancent des leurres dans le débat, pour distraire le public et cacher leurs véritables intentions. Ces leurres sont d’une totale mauvaise foi, sélectionnés pour faire tomber les barrières des hésitants. Pour que les Suisses votent leur texte sans le lire, ils se font passer pour 1) des défenseurs 2) de la liberté de choix, 3) de l’égalité de traitement 4) et de la possibilité de ne payer que ce qu’on consomme, 5) tout cela sans dommage grave pour la SSR.

Or ces arguments sont autant de pièges tendus aux vrais défenseurs, ceux des services publics, qui vont s’y empêtrer en argumentant pour les contrer, comme un papillon dans une toile d’araignée. Ces derniers partent perdants pour au moins deux raisons: ils se battent sur le terrain choisi par leurs adversaires (désavantage évident), en utilisant les mots forgés par eux. Or, à chaque fois qu’on utilise les mots de son adversaire, on ne fait que renforcer la légitimité de son vocabulaire, et de ses cadres conceptuels de référence.1

C’est comme de dire «mon adversaire pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses». Cela légitime votre adversaire et rend inaudibles vos réponses. En tentant de démontrer que le service public garantit la liberté de choix (leur terrain), on renforce dans l’esprit des gens l’idée que les initiants sont sincères. C’est une stratégie perdante.

Dans l’urgence, une solution, selon moi, est de répéter sans cesse le texte sur lequel on va voter, ses conséquences logiques, et exposer les intérêts cachés des initiants. Pourquoi veulent-ils interdire aux Suisses de soutenir par l’impôt une chaîne publique? Pourquoi privatiser la pensée? Pourquoi brader nos ondes? Quels conglomérats contrôleront l’audiovisuel en Suisse? Et qui finance cette campagne? Ce sont là des exemples de terrains choisis par les véritables défenseurs du service public, qui ne se laissent pas intimider ni piéger par l’enfumage No Billag, aux objectifs inavouables. L’initiative n’est en effet que la dernière tentative de privatiser la richesse collective des Suisses.

Et dans la durée, cessons d’être réactifs et devenons proactifs. Rejetons les mots de nos adversaires et diffusons les nôtres.

Le Courrier, Opinions, Frédéric Hausamman

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