La Ville de Genève s’engage à mieux payer ses nettoyeuses

SALAIRES • Les entreprises qui assurent le nettoyage de l’administration devront répondre à de nouvelles exigences. La Ville paiera la différence.

La Ville de Genève veut revaloriser le personnel externe qui assure le nettoyage de ses locaux administratifs. Pour ce faire, une solution inédite a été trouvée, mais qui n’est pas sans écueil. Pour obtenir un contrat avec la municipalité, les entreprises privées devront répondre à de nouvelles exigences. Elles devront mieux former leurs employés – en majorité des femmes –, mais surtout leur verser un meilleur salaire que le minimum assuré par la convention collective de travail (CCT) de la branche, aujourd’hui fixé à 18,20 francs de l’heure. «Ces salaires frôlent l’indécence et nous avons cherché un moyen d’être en adéquation avec nos valeurs de gauche», relève Sandrine Salerno, magistrate en charge des Finances et du logement.

«Discriminatoire»
Un salaire horaire de 25 francs sera donc exigé de la part des sociétés adjudicataires. Avec un bémol. Ne pouvant imposer aux entreprises de payer ce tarif – ce qui reviendrait à rehausser la CCT en vigueur –, la Ville paiera la différence de sa poche. La mesure, qui concerne quelque 250 à 300 personnes, coûtera environ 1 million de francs, estime la conseillère administrative. Des mécanismes de contrôle sont également prévus.
Le système pose toutefois un problème qui n’a pas échappé aux milieux patronaux: une inégalité salariale sera instaurée au sein des entreprises de nettoyage entre les employés «normaux» et ceux qui balaient les bureaux municipaux. «C’est légalement discriminatoire par rapport à notre personnel qui travaillera pour des clients privés», critique Marie-Claire Messerli, représentante patronale dans la Commission paritaire du nettoyage. Elle ajoute que la Ville n’a pas à s’immiscer dans le partenariat social. «Nous avons une convention collective fraîchement renouvelée et la municipalité ne doit pas interférer dans nos discussions.» Un avis de droit va être demandé, assure-t-elle.

Municipalisation?
Au contraire, Sandrine Salerno défend le devoir d’exemplarité des collectivités publiques. «Certes, cela induit une inégalité de traitement, mais notre but à terme est que l’ensemble du secteur soit revalorisé. On ne va pas s’aligner vers le bas et accepter que les marchés publics soient un outil de dumping.» La socialiste espère en ce sens que la démarche provoquera un effet d’entraînement, en donnant par exemple des idées à l’administration cantonale, aux Hôpitaux universitaires ou à l’université.
Du côté syndical, la proposition est accueillie avec davantage d’enthousiasme. Pour Jésus Gomez, représentant du SIT au sein de la commission paritaire, «c’est une amélioration pour les travailleurs qu’on ne peut que saluer». Mais elle demeure insuffisante à ses yeux, alors que les syndicats défendent une intégration de ces services à la fonction publique municipale.
Sans fermer la porte à cette solution, Sandrine Salerno pointe certaines difficultés. «Pour ce personnel d’entretien, il s’agit souvent d’un salaire d’appoint et de petits temps de travail. Les calquer sur le statut du personnel de la Ville promet de grandes acrobaties budgétaires et statutaires, mais surtout risque d’écarter les profils actuels qui occupent ces fonctions.» En bonne partie, le nettoyage est assuré par des femmes migrantes peu qualifiées, souligne la magistrate, et «on veut éviter de prétériter une ­population déjà très précarisée».
Jésus Gomez confirme qu’environ 80% des employés de la branche font du temps partiel. «Beaucoup comme appoint, c’est vrai, mais d’autres comme revenu principal en cumulant des heures dans plusieurs entreprises.» Pour elles, bénéficier d’un seul emploi correctement rémunéré à la Ville serait donc bienvenu, conclut-il.

Le Courrier, Mario Togni, 6 juillet 2011

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