“200 francs ça suffit” NON, pour le service public

L’initiative SSR fragilise la Suisse
En ces temps incertains, nous avons besoin d’informations complètes et fiables. La RTS, la SRF, le RSI, la RTR et Swissinfo offrent des programmes indépendants et de qualité à l’ensemble du pays. La SSR est un important service public, qui assure la cohésion de la Suisse. Ses chaînes de radio et de télévision informent la population dans les quatre langues nationales.
L’initiative SSR n’est pas une mesure de réduction budgétaire sans danger. Au contraire, elle affaiblit le service public, menace ses programmes et fragilise ainsi le pays.


Des opinions ici.

SSR réduite: un gage d’invisibilité à 200 francs
Un oui à l’initiative pour la redevance SSR à 200 francs plongerait le monde sportif et culturel de l’arc jurassien dans l’inconnu. Avec plusieurs dizaines de postes en jeu.
Dernier coup de rein avant le 8 mars pour les adversaires de la redevance à 200 francs comme l’intime le texte de l’UDC. «Nous allons tracter jusqu’au bout pour contrer cette initiative trompeuse qui fait miroiter 135 francs de gain non pas mensuel mais annuel», nuance Matthieu Béguelin, président du comité SSR Neuchâtel. Il serait toutefois surprenant que les Neuchâtelois·es virent leur cuti après la gifle infligée en 2018 à l’initiative Billag, refusée dans le canton à 78% des votant·es, plus fort niet en Suisse.

Sports de niche menacés

Si à La Chaux-de-Fonds et au Locle, villes historiquement à gauche, et Neuchâtel plus récemment, un non net devrait sortir des urnes, Matthieu Béguelin se demande comment les populations du Val-de-Travers, Val-de-Ruz ou sur le Littoral, voteront. Là où l’UDC a réalisé quelques percées. «Ces communes sont les premières à bénéficier d’une SSR forte», dit-il. Le 7 février dernier, Le Kiosque à musiques était à Chézard-St-Martin dans le Val-de-Ruz pour les 12 heures du fromage. Et en janvier à St-Aubin-Sauges, sur le littoral, pour des Rencontres musicales. «En voulant tailler dans les sports et les divertissements, cette initiative fait peser un gros danger sur les associations et institutions culturelles ainsi que sur les clubs sportifs. Avec une SSR coupée en deux, tout s’affaisserait de moitié», résume Matthieu Béguelin au Courrier. Faute d’impact médiatique, des sponsors pourraient déserter les stades et salles de spectacles.

«Tout le monde y laissera des plumes» Matthieu Béguelin

Comme partout en Romandie, un comité contre l’initiative s’est formé aussi à Neuchâtel. Parmi ses membres, la Fédération neuchâteloise de sport (FeNeSpo) qui représente les intérêts des deux tiers des clubs et associations du canton pour quelque 25’000 adhérent·es.

«Sans couverture de la SSR, qu’adviendra-t-il des épreuves et sports de niche comme le Trail du Val-du-Travers et le ski-alpinisme, discipline qui a valu à l’une de nos membres, Marianne Fatton, l’honneur de l’or olympique», s’exclame Alexandre Houlmann, vice-président de la FeNeSpo. «Les médias régionaux ne sont pas en mesure de prendre le relais», selon lui. Même constat pour Jo Gutknecht, présidente du club de volleyball du NUC dont l’équipe féminine a atteint les sommets européens sous les caméras de la RTS. Elle redoute qu’avec moins de moyens, «la SSR les alloueraient à des sports majeurs et masculins». Pour attirer des adeptes et sponsors, «rien ne remplace les diffusions en direct à la TV. Nos partenaires privés souhaitent un retour sur investissement et le meilleur c’est la visibilité», dit-elle.

Savoir-faire étiolé

«Il y aura un effet domino selon le ratio d’un poste perdu à la SSR = un poste perdu dans le privé. Tout le monde y laissera des plumes», pressent Matthieu Béguelin. Regroupant une bonne partie des professionnel·les de l’audiovisuel du canton, l’association Neuchâtel Films s’attend à des ruptures de contrats avec la SSR. Les documentaires en seraient les premières victimes. Des films animaliers par exemple comme Lynx (2021) de Laurent Geslin n’aurait pu exister sans cette manne. Idem pour Ville cherche héros, le coup de projecteur en 2019 sur l’exécutif de La Chaux-de-Fonds des cinéastes du cru Cédric Erard et Samuel Chalard.

Réalisateur d’Addictions, film sur la politique des drogues en Suisse et sociétaire de Neuchâtel Films, Jacques Matthey est aux abois. «Je ne sais pas si je pourrai continuer à produire et réaliser des films», a-t-il concédé sur Canal Alpha. «Un étiolement du savoir-faire suisse dans le documentaire, reconnu et respecté sur le marché international, est à craindre», a-t-il prévenu aussi. Sans soutien de la SSR sous forme de coproductions, d’autres sources de financement qui automatiquement suivent le mouvement pourraient se tarir. «Comment faire avec moins s’il n’y a plus rien?» a-t-il lancé.

Fini le Marché-Concours

Même questionnement concernant l’avenir du bureau neuchâtelois de la RTS et son équipe d’une dizaine de professionnel·les. «Il sera difficile de le conserver», avance Matthieu Béguelin. Avec le risque «de voir dans les régions limitrophes des médias français couvrir certains événements. Pourquoi pas BFM?» avertit-il. La chaîne d’informations en continu s’était illustrée le 1er janvier dernier en étant l’une des premières à envoyer des journalistes à Crans-Montana peu après le drame.

A Delémont, l’exécutif jurassien évoque sans gant «des conséquences disproportionnées». Les autorités craignent également la fermeture des trois bureaux régionaux de la RTS dans le Jura et Bienne, entraînant la suppression de postes de journalistes et technicien·nes. «Une dizaine de personnes travaillent dans ces bureaux (Moutier avec la TV, Delémont et Bienne avec la radio), soit cinq journalistes, une attachée de production et des collègues pour les tournages et montages, un nombre variable selon les besoins», détaille le porte-parole de la RTS, Marco Ferrara. Ces trois bureaux fournissent une grande quantité de sujets à l’émission Couleurs locales et s’entraident en cas de forte actualité comme ce fut le cas lors de la tornade de l’été 2023 à La Chaux-de-Fonds. Si le oui l’emporte, «ces bureaux seraient condamnés», confirme Marco Ferrara. Il ajoute que «l’amputation budgétaire serait telle qu’il faudrait les fermer et économiser encore 24 fois leur coût». A Delémont, l’exécutif appréhende la fin de la retransmission du Marché-Concours de Saignelégier, programmée en août tel un rituel.

Le Courrier, 23 février 2026, Alain Meyer

0 commentaire à “"200 francs ça suffit" NON, pour le service public”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire





Bad Behavior has blocked 1784 access attempts in the last 7 days.