En matière de souveraineté numérique, la Suisse doit se réveiller. C’est un vrai enjeu en matière, notamment, des données de santé.
Le 26 novembre 2025, le Conseil fédéral a adopté un rapport sur la souveraineté numérique de la Suisse. Ce rapport souligne la nécessité pour l’État de conserver le contrôle de ses infrastructures et de la protection des données sensibles. Pourtant, dans le canton de Vaud, le choix controversé de la solution américaine Epic Systems par le CHUV et les hôpitaux de la FHVi illustre les contradictions de notre politique numérique.
Comment justifier le recours à un fournisseur soumis au Cloud Act, qui permet aux autorités américaines d’accéder à des données stockées en Suisse, alors même que nous affirmons vouloir garantir notre souveraineté?
Le Conseil d’État se réfugie derrière des garanties techniques et contractuelles. Mais l’histoire récente nous enseigne que ces protections sont fragiles: les failles de sécurité se multiplient, les législations étrangères évoluent et les risques géopolitiques s’intensifient. Les données de santé, parmi les plus sensibles, méritent une protection inconditionnelle. Pourtant, nous persistons à confier leur gestion à des acteurs étrangers, exposant citoyens et institutions à des risques majeurs.
Cette dépendance technologique n’est pas une fatalité. La Suisse dispose d’alternatives souveraines, souvent plus économiques et mieux adaptées à nos besoins. Pourtant, par habitude, par méconnaissance, par naïveté ou par crainte souvent infondée d’un surcoût initial, nous continuons à privilégier des solutions étrangères, renforçant notre vulnérabilité. La crise sanitaire a montré à quel point cette dépendance pouvait nous fragiliser. Chaque franc investi dans des technologies non souveraines affaiblit notre capacité à décider de notre avenir.
Enjeu supracantonal
Il est temps de changer de cap. Au niveau cantonal, cela passe par une évaluation rigoureuse des risques liés aux solutions étrangères, par le soutien aux alternatives locales, et par un investissement ambitieux dans l’innovation et la formation. La souveraineté numérique se construit par des choix courageux et une vision à long terme.
L’enjeu dépasse le cadre cantonal. Il s’agit de défendre notre capacité à protéger nos données, à maîtriser nos infrastructures et à préserver notre indépendance face aux pressions extérieures. La technologie n’est pas neutre: elle porte des valeurs et des rapports de force. En choisissant des solutions souveraines, nous défendons notre modèle de société, notre sécurité et notre liberté de décision.
La question n’est plus de savoir si nous devons investir dans la souveraineté numérique, mais comment le faire et quand. Et cela commence, entre autres, par le CHUV. L’Europe a déjà tracé la voie avec des projets comme Gaia-X ou le cloud souverain européen. La Suisse, et le canton de Vaud en particulier, doivent maintenant prendre conscience que le monde a changé et faire leur part dans cet effort collectif.
Il est urgent d’agir. Nos données, notre sécurité et notre avenir en dépendent.
Aurélien G. Demaurex- Député et startupeur, 21.01.2026

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