Poste de Saint-François, l’arroseur arrosé

GROGNE • L’office postal de Saint-François risque de disparaître. Pas par la volonté de La Poste, mais en raison de son incurie. Incroyable de la part de celle qui n’a de cesse de démanteler ses propres offices. Le célèbre édifice devrait abriter un… food market.

Si vous étiez du côté du centre-ville de Lausanne, le 1er décembre dernier, vous avez sans doute vu la gigantesque banderole jaune déployée sur la passerelle piétonne du Grand-Pont, et sur laquelle était écrit: «La Poste doit rester à Saint-François». A l’origine de cette action, des syndicalistes, des représentants de la gauche lausannoise et des citoyens, troublés et inquiets quant à l’avenir de l’Office postal de Saint-François qui pourrait bel et bien disparaître l’année prochaine. Pourquoi? Parce que ce bâtiment patrimonial, inauguré en 1900 et attribué à Swisscom en 2003, a finalement été vendu à la société immobilière zurichoise PSP Swiss Property. La Poste n’en est donc aujourd’hui que locataire, bénéficiant de baux qu’elle doit renouveler tous les trois ans, le dernier courant jusqu’en mars prochain. Après, rien n’est moins sûr.Deuxième action

Si cette affaire suscite une levée de boucliers compréhensible et légitime, c’est pour une bonne raison. Au printemps dernier, l’architecte à la retraite Urs Zuppinger, que beaucoup de Lausannois surnomment «Le Franz Weber des urbanistes» et qui s’est fait une spécialité de contester des constructions et des rénovations d’immeubles, tombe sur une mise à l’enquête concernant l’Hôtel des Postes, qui doit être rénové. Or, sur le plan de rénovation, le rez-de-chaussée, occupé actuellement par l’office postal, prévoit d’accueillir… une «surface commerciale de type food market».

Branle-bas de combat! Une première manifestation est organisée pour fustiger «l’effet concret de la spéculation immobilière» et «l’incurie des dirigeants de La Poste» qui n’ont rien vu venir. A Berne, la conseillère nationale Ada Marra dépose une interpellation. Alors que les négociations sont toujours en cours, c’est donc une deuxième action qui a été lancée la semaine dernière pour intensifier la pression sur le consortium et briser le «mur de silence» que celui-ci aurait érigé.

Les Lausannois risquent de trinquer

Dans cette affaire, rien n’est donc encore joué. Ce qui n’occulte pas pour autant son côté paradoxal. La Poste dit tenir à ce que son plus grand office cantonal ne disparaisse pas. Pour des raisons historiques et d’image, sans doute. En oubliant au passage que, depuis des années, elle n’a pas hésité à en sacrifier des dizaines d’autres à travers le canton, se moquant éperdument des initiatives politiques, ou autres, lancées pour la stopper.

Dans le jeu mesquin de l’arrogance et de la suffisance, la voilà donc, pour l’heure, supplantée par une régie zurichoise. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé. Même si, au final, c’est la population lausannoise qui risque une nouvelle fois de trinquer.

La chronique de Philippe Kottelat

Lausanne Cités, 11 décembre 2022

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