Pressions sur l’accord-cadre

Dimanche, les Suisses ont refusé l’initiative de l’UDC et approuvé la voie bilatérale. En réaction, Bruxelles a exigé que la Suisse signe rapidement l’accord-cadre liant la Suisse aux vingt-sept pays de l’Union européenne. Les votants ont refusé un Swissxit et confirmé la voie bilatérale.

Assez logiquement, Bruxelles a remis la compresse et exigé, par la voix de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, que la Suisse signe rapidement l’accord-cadre liant la Suisse aux vingt-sept pays de l’Union européenne (UE).

Il y a sans doute un peu d’ignorance de la part de Bruxelles sur les rapports de force de la politique suisse. En gros, estime de la sorte l’Union européenne, il a été accepté de mettre sous le boisseau cette délicate question en attendant le vote du 27 septembre. Celui-ci engrangé, le petit pays du centre du continent européen est prié de cesser de finasser et de filer droit.

Cela traduit aussi une certaine arrogance communautaire, certes compréhensible face à un pays de 8 millions d’habitants sur un ensemble de près de 450 millions. On sait les institutions européennes peu soucieuses de démocratie; alors, ne parlons même pas des pesanteurs de la démocratie semi-directe à la sauce helvétique…
Enfin, cela relève sans doute aussi de la saine pression diplomatique consistant à montrer préventivement les crocs.
Mais, disons-le tout net, en l’état, l’accord-cadre n’a guère de perspectives. Il est rejeté par la gauche et les syndicats, qui refusent de brader les mesures d’accompagnement, d’accepter l’agenda de privatisation voulu par Bruxelles et de se soumettre à des instances de recours par trop inféodées à la religion des marchés.

Et ce rejet est partagé par une bonne partie de la droite. L’UDC serait bien mal en point si elle acceptait de confier les affaires de la Suisse à des «juges étrangers». Et, mardi, le président du Parti démocrate-chrétien, Gehard Pfister, a admis que l’accord-cadre avait vécu: «Tous les partis ont hésité pendant des années à être les premiers à dire qu’il était mort.»

On comprend que le Conseil fédéral soit peu loquace sur cette question. Le ton va être houleux ces prochaines semaines. Et les pressions sur la gauche vont être fortes pour qu’elle mette de l’eau dans son vin. Ce n’est pas le moindre des acquis de dimanche: le fait que le résultat ait été à la fois clair et compris dans une série de votes progressistes donne au peuple une certaine légitimité pour refuser de se laisser danser sur le ventre.

Le Courrier, 29.09.2020, Philippe Bach

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