Notre Poste est-elle partie sans laisser d’adresse?

L’invité - Stéphane Montangero s’insurge contre les baisses de prestations du géant jaune.
En ce début d’automne, les rémunérations des dirigeants des grandes entreprises publiques font les gros titres, avec comme point d’orgue le départ d’Andreas Meyer de la tête des CFF.

«La situation se péjore et les salariés comme les usagers trinquent jusqu’à plus soif»

Si le mouvement à la baisse des salaires de ces grands patrons est salutaire, il ne doit pas cacher ce qui se passe à l’autre bout de la chaîne dans les ex-régies publiques: suppressions de postes, augmentation de la pénibilité et du stress au travail, qualité des prestations en berne, identification à l’entreprise ébranlée ou accidents tragiques. Partout, la situation se péjore et les salariés comme les usagers trinquent jusqu’à plus soif.

Prenons l’exemple du géant jaune: il a mal à son réseau d’offices, ce qui se ressent partout dans notre Pays de Vaud. Samedi 24 août dernier, plus d’une centaine de personnes ont manifesté devant le bureau de poste de La Gottaz, à Morges, situé dans le centre commercial du même nom. Elles refusent la fermeture de l’office postal, menacé comme beaucoup trop d’autres. Cette forte mobilisation rappelle l’attachement de la population non pas à La Poste SA, qui veut générer des profits, mais bien à SA Poste, notre Poste à toutes et tous.

Or la direction actuelle de La Poste a bien choisi la première option, celle du profit à court terme. Se fondant sur des données géolocalisées d’usage, elle scie sa propre branche et détricote le maillage de proximité qui faisait sa force. C’est ainsi un système informatique de destruction massive qui démantèle ce trésor qu’est notre réseau postal. Les chiffres sont parlants: en 2010, il y avait encore 1955 offices de poste; en 2020, il n’en restera plus que 1000, au mieux!

Ce mouvement va à l’encontre non seulement du service public, du service au public, mais aussi de toute logique commerciale à long terme. Nous avons affaire à du pur dogmatisme technocratique. Dans le cas morgien, ne pas tenir compte du développement du futur quartier Églantine (près de 1000 habitants) ou des reports de transports au centre-ville démontre la courte vue des dirigeants de l’entreprise.

La force de La Poste est au contraire de représenter plus qu’elle-même, de dépasser la simple enveloppe de services. Ses offices sont des poumons économiques et sociaux, qui permettent d’effectuer de nombreuses opérations financières de proximité et de servir durablement la clientèle, mais aussi de créer du lien, dans les quartiers, entre commerçants, familles et personnes âgées. Au lieu de passer une série de bureaux par pertes et profits, il conviendrait d’en mesurer le potentiel pour les territoires, par exemple en rendant la numérisation des services physiquement accessibles à toutes et tous.

Il est donc urgent de peser sur le bouton «STOP» pour que la feuille de route de destruction systématique du réseau postal soit abrogée, ou à tout le moins qu’elle soit arrêtée le temps que le parlement fédéral statue sur une nouvelle loi postale.

24 Heures, 04.10.2019

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