Un pas vers l’autonomisation du CHUV

La majorité de droite a fait passer son initiative pour un Conseil d’administration à la tête du Centre hospitalier universitaire vaudois.
Un pas vers l’autonomisation du CHUV. La gauche et une partie du centre craignent le développement d’une médecine à deux vitesses.
(Acidus : neuvième meilleur hôpital du monde ! voilà la raison pour laquelle la droite veut le privatiser. Autonomisation = premier pas !)

Les députés se sont livrés à une âpre bataille, mardi, sur l’avenir du CHUV. Ils ont accepté à 73 oui contre 65 l’initiative du PLR pour un changement de gouvernance, avec la création d’un Conseil d’administration. Le CHUV deviendrait établissement autonome de droit public. Opposé, le Conseil d’État devra examiner le texte et pourra l’amender ou y confronter un contre-projet. Les socialistes ont annoncé en plénum la tenue d’un référendum en cas d’acceptation de l’initiative.

Hostile au fait que la direction du CHUV dépende directement de la conseillère d’État en charge de la santé, le PLR veut «dépolitiser» la conduite de l’hôpital universitaire pour mieux maîtriser ses coûts. Composé de neuf personnes, le Conseil d’administration réunirait six experts et trois représentants du personnel, nommés par le Conseil d’État. Des activités de soins et de recherche pourraient être déléguées à des privés. De quoi faire bondir la gauche et une partie du centre, qui y voient une menace de privatisation de la santé.

Neuvième meilleur hôpital du monde

Fort d’un budget de 1,7 milliard, le CHUV est un poids lourd, qui est parvenu à réduire son déficit depuis 2015 et a été classé dernièrement par le magasine Newsweek comme le neuvième meilleur hôpital du monde. «Il n’est pas souhaitable de déstabiliser un service public performant, en transférant des prestations au privé et de reléguer la santé au rang de marchandise», a plaidé Jérôme Christen, de Vaud libre, rapporteur de minorité. La gauche et une partie du centre craignent le développement d’une médecine à deux vitesses.

Autre objet d’opposition, la perte de contrôle démocratique. Actuellement, les décisions stratégiques sur le CHUV sont prises par le Conseil d’État et par le Grand Conseil pour les plus gros investissements. «Je ne veux pas que ce soit confiée à un Conseil d’administration. Il est normal que le plus gros hôpital du canton soit en main du peuple vaudois, que nous représentons ici», a martelé la députée verte Léonore Porchet. Depuis le début de la législature, les députés ont déposé une trentaine d’objets le concernant.

La droite dénonce un «procès d’intention»

La droite a relevé que la gouvernance du CHUV était un «ovni» dans le paysage hospitalier suisse. Elle balaie toute velléité de privatisation et dénonce un «procès d’intention» de ses adversaires. D’autres hôpi-taux vaudois, ainsi que l’université de Lausanne, fonctionnent sous forme d’entités publiques autonomes. Avec le fonctionnement actuel, le PLR craint les conflits d’intérêt. «Aujourd’hui, le chef de département est propriétaire, planificateur, législateur, contrôleur (…) et arbitre. Un homme-orchestre tient tous les registres entre ses mains», a souligné la libérale-radicale Christelle Luisier-Brodard. Pour la vert’libérale Claire Richard, le fonctionnement du CHUV repose actuellement sur la « bonne entente » du directeur et de la cheffe de département, «alchimie» qui pourrait se rompre. «Mieux vaut agir aujourd’hui, par temps calme, qu’en pleine tempête.»

Risque de «démembrement» du CHUV

L’ex-conseiller d’État Pierre-Yves Maillard s’était fortement opposé au projet de la droite. La socialiste Rebecca Ruiz, qui a repris le flambeau, s’est livrée à un long plaidoyer au parlement pour défendre le service public. «Il est vrai que le canton y consacre des ressources importantes au CHUV. Elles ont leurs raisons d’être. C’est l’hôpital de dernier recours, pour les cas complexes. Malgré ces contraintes, il fonctionne globalement bien», a-t-elle souligné. Pour la conseillère d’État, des marges d’amélioration doivent être décidées démocratiquement, non par un Conseil d’administration. Si la délégation d’activités à des privés devaient se réaliser, on ne peut exclure un «démembrement» du CHUV, a-t-elle averti.

De manière inattendue, le conseiller d’État PLR Pascal Broulis s’est aussi exprimé sur le dossier, dénonçant un texte «réducteur» déposé par son parti. «Le domaine hospitalier va connaître ces prochaines années des chambardements, avec des velléités de libéralisation des marchés », a-t-il déclaré en émettant son regret du choix d’une initiative, qui n’a pas laissé la place à différentes variantes. Le texte est maintenant sur la table du gouvernement.

Le Courrier, 25 juin 2019, Sophie Dupont
Photo KEYSTONE

COMMENTAIRE
Un scénario pour femme d’État

Il arrive que la droite parvienne à s’unir et à rappeler avec netteté qu’elle détient une majorité des sièges du parlement cantonal. Hier, elle en a fait la démonstration en votant le projet de loi du PLR qui fait du CHUV un établissement autonome. Le texte ne vise pas à privatiser le CHUV, mais il en prend le chemin, en permettant au conseil d’administration qui dirigera peut-être un jour le centre hospitalier des Vaudois de déléguer certaines activités au secteur privé. Ce vote est sans conteste une affirmation idéologique. La droite a donc attendu le départ de Pierre-Yves Maillard, la campagne pour les fédérales, pour durcir le ton pour de bon.

La gauche, minoritaire au parlement et majoritaire au Conseil d’État, doit d’abord digérer le coup qui lui est porté. Le CHUV, pendant ces quinze dernières années, a été entre les mains du leader socialiste Maillard. Le CHUV c’est à la fois l’instrument de sa politique de santé et son idée du service public. Un imposant héritage qu’il a transmis à sa camarade Rebecca Ruiz. Et au-delà des personnes, l’hôpital ­public est un marqueur fort pour la gauche.

Mardi, la nouvelle conseillère d’État a connu le vrai premier jour de sa carrière à l’exécutif cantonal. Un baptême du feu dans l’adversité. En défendant le CHUV tel qu’il est face au bloc de droite, elle a incarné sur la scène politique tout le sens du service public. La portée de la décision du parlement est pour l’heure limitée, puisque le projet de loi du PLR n’est qu’au début d’un long chemin. Un scénario qui rebondira peut-être avec contre-projet et vote populaire. Sans doute plusieurs années pendant lesquelles Rebecca Ruiz aura l’occasion de montrer sa stature de femme d’État. JÉRÔME CACHIN

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