Le ciel s’éclaircit au-dessus des grévistes

Une solution se dessine qui pourrait mettre un terme à la grève des employés d’Onet, l’entreprise mandatée par la Ville de Genève pour nettoyer les WC publics. Mercredi matin, le maire, Sami Kanaan, a remporté l’adhésion du Conseil administratif afin d’allouer une somme supplémentaire de 120 000 francs dévolue au nettoyage des WC.

En augmentant le nombre de passages, les toilettes seraient plus propres, mais, surtout, Onet pourrait offrir davantage d’heures aux quatorze employés concernés, dont onze sont en grève depuis quarante-cinq jours. Les sept employés effectuant 32 heures hebdomadaires pourraient en travailler 40 et les sept autres passeraient de 40 à 43 heures. L’exécutif déposera une proposition en ce sens auprès du Conseil municipal.

«Nous partageons le souci des grévistes à propos de leurs revenus intenables, c’est pourquoi nous apportons notre contribution pour une sortie de crise par le haut», commente M. Kanaan. Il précise toutefois que son collègue PDC Guillaume Baraz-zone a refusé cette solution consistant à intervenir dans les relations entre un employeur et ses employés.

Le geste de l’exécutif rejoint la volonté du Parti libéral-radical, dont l’élu Simon Brandt proposera la même solution à la commission des finances, avec une somme toutefois plus importante, 160 000 francs.

Grève maintenue

C’est ce qu’articule aussi une pétition des grévistes munie de près de 2000 signatures et remise mardi au Conseil municipal. «On se réjouit qu’enfin une solution se dessine pour permettre des revenus dignes, car 2800 francs (pour 32 heures de travail) sur un marché public, ce n’est pas acceptable», déclare le secrétaire syndical Thierry Horner. Mais il maintient la revendication d’une rallonge de 160 000 francs, qui permettrait de passer les quatorze travailleurs à un plein-temps de 43 heures. «Quarante mille francs de plus, ce n’est pas grand-chose.»

Selon M. Kanaan, le SIT jugeait la semaine passée les 120 000 francs comme un compromis acceptable. Mais modifier la somme ne semble pas un obstacle pour autant que, politiquement, le principe d’une rallonge soit acquis, convient le maire.

Confiant, M. Horner refuse de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Car, au mieux, le délibératif pourrait voter une augmentation de l’enveloppe lors de sa prochaine séance, dans trois semaines. Toutefois, si les employés obtiennent de sérieuses garanties, M. Horner n’exclut pas une suspension de la grève. Le point sera fait lors d’une assemblée jeudi. Reste toutefois une exigence «non négociable», la réintégration d’un gréviste licencié. Les autres ont été satisfaites, à propos des pauses, du respect des plannings devant être donnés deux semaines à l’avance ou encore sur le calcul des vacances, selon M. Horner.

Frank Blanpain, directeur d’Onet, se félicite aussi de la perspective d’une fin de grève «que tout le monde souhaite». «J’ai bon espoir qu’on signe dans les prochains jours un protocole d’accord avec le syndicat.»

Internaliser la tâche?

Le syndicat considère toutefois l’augmentation de l’enveloppe seulement comme une «solution transitoire et immédiate»: la solution idéale et durable contre le dumping dû à la privatisation de ce service consiste en une réinternalisation de ces travailleurs. «L’externalisation entraîne à chaque remise au concours du mandat une concurrence féroce entre les entreprises, qui, pour empocher leurs marges, diminuent soit le nombre d’heures de travail, soit les salaires, soit les droits sociaux», selon le SIT.

Une réinternalisation, c’est ce que réclame depuis douze ans Ensemble à Gauche, une solution discutée en commission des finances. Le PLR, sans franchir ce pas, veut connaître le coût d’une internalisation en classe A, demandant que le délibératif en soit informé au moins trois mois avant l’échéance du contrat avec Onet en avril 2020. Le Département des finances nous fournit des estimations pour la classe B (supérieure). La différence est relativement négligeable et ce choix n’appartient pas au délibératif, précise-t-il. Alors que le mandat confié à Onet se monte à 1 million de francs, il en coûterait environ 1 million de plus pour municipaliser les nettoyeurs, sans compter près de 475 000 francs pour l’achat de véhicules, produits, habits, etc.

L’exécutif entre-t-il en matière? «Non, répond le maire. Ce débat doit se faire, mais en prenant le temps, car les conséquences ne sont pas anodines. Si on internalise cette tâche, alors pourquoi pas d’autres?»

Le Courrier, 27 mars 2019, Rachad Armanios
Photo : Les employés de la société Onet sont en grève depuis 45 jours. JPDS

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