L’opacité continue

Au vu des votes au sein de la commission des travaux, il fait peu de doute que les 138 millions – dont 67 venant de privés – pour la rénovation et l’extension du Musée d’art et d’histoire passeront la rampe, en avril ou en mai, au Conseil municipal de la Ville de Genève. L’extrême gauche et les milieux patrimoniaux promettent déjà un référendum.
Passons les querelles architecturales et patrimoniales, qui risquent de ne pas passionner les citoyens, et intéressons-nous aux modalités du partenariat public-privé de ce projet.
La droite bourgeoise, le MCG et la majorité du centre-gauche règlent la question en parlant d’un formidable deal gagnant-gagnant. Sans cet argent, pas de projet et les magnifiques collections Gandur resteront cachées aux Genevois. Louez le nom du mécène chaque fois que vous dites MAH!
Un mécène? Non. Car la convention liant les partenaires montre qu’on édifiera un véritable musée Gandur dans le musée, avec des engagements et des frais considérables pour la collectivité publique. De quelle ampleur? Le Conseil municipal ne pose pas la question à l’exécutif, qui ne veut pas répondre même si le Département de la culture s’y était engagé en 2011, après la publication d’un rapport de la Cour des comptes.
A l’heure où la droite promet de baisser les impôts communaux de 10%, un chiffrage serait indispensable pour savoir si l’investissement vaut la peine et est possible. L’information permettrait, surtout, de relativiser le
«cadeau».
Quarante millions, c’est beaucoup? Sur nonante-neuf ans, cela fait environ 34 000 francs par mois. Est-ce cher payé pour la surveillance, la conservation et l’exposition de collections dont la valeur atteint des sommets et qui augmentera encore pour leur propriétaire de par cette visibilité? Ou faut-il seulement considérer le bénéfice culturel pour les Genevois? Après tout, le MAH, comme tous les musées, est composé de collections prêtées ou données, avec les frais que cela induit. Ce serait pourtant oublier que ce prêt est particulier: d’abord par son ampleur et la place acquise au sein du musée, et parce que ce dernier perd pas mal d’autonomie face au partenaire. En comparaison, à Bâle, la mécène Maja Oeri, l’une des héritières de l’empire pharmaceutique Hoffmann-Laroche, avait, elle, offert sans contrepartie 50 millions pour la construction d’une nouvelle aile du Kunstmuseum.
Fait-on un procès d’intention au collectionneur-homme d’affaires? Non. Il s’agit juste de permettre aux Genevois de se prononcer en ayant tous les éléments de l’équation. Comme lorsque ce journal avait dévoilé la fameuse convention que les autorités refusaient de rendre publique.

Le Courrier, 04 mars 2015, Rachad Armanios

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