Une majorité de médecins genevois disent «oui» à la caisse publique

SANTÉ • Selon un sondage de l’Association des médecins du canton de Genève effectué auprès de mille praticiens, l’initiative pour «Pour une caisse publique» suscite l’adhésion.

Dire «oui» à la caisse publique relève «de la raison, du pragmatisme et non de l’idéologie» affirme d’emblée Michel Matter, président de l’Association des médecins genevois (AMG).

Des représentants des professions de la santé, de l’AMG et de l’Association suisse des assurés (ASSUAS) présentaient hier leurs arguments en faveur de la caisse publique: liberté de choix accrue, lutte contre l’exclusion et la chasse aux bons risques, respect des proportions entre coûts de la santé et primes d’assurance, prévention et promotion de la santé renforcée, médecine libre et indépendante.

Si ces arguments sont déjà largement relayés et débattus dans l’ensemble du pays, la campagne genevoise est remarquée: «Les affiches que nous avons produites ont été reprises en Suisse romande, et même en Suisse allemande!» s’exclame M. Matter. Les professionnels de la santé et les défenseurs des assurés disposent en effet de moyens financiers et organisationnels, une première dans le milieu.

Selon un sondage effectué par l’AMG auprès de 1000 médecins genevois, l’initiative pour la caisse publique serait adoptée à 64%. Didier Châtelain, président des médecins de famille pour Genève, affirme d’ailleurs avec optimisme qu’il n’a vu «que des confrères qui glissent du ‘non’ au ‘oui’». Plus encore, les partisans du «oui» peuvent compter sur un appui politique considérable: tous les partis cantonaux les soutiennent à l’exception de l’UDC et du PLR, une majorité du Conseil d’Etat dont fait partie Mauro Poggia, ministre de la Santé, ainsi que les deux élus au Conseil des Etats. Ce «oui» genevois n’est pas isolé car la plupart des ministres de la Santé défendent une position identique, quoique leur situation pourrait être ambiguë puisqu’ils seraient aussi responsables du contrôle des primes de leurs cantons respectifs.

Des transferts déjà expérimentés
Dans le cas de Genève, Jean-Paul Derouette, membre de l’ASSUAS, prédit «une baisse des primes allant de 60 à 100 francs, soit une diminution moyenne de 30%». Les défenseurs de la caisse publique ont en outre assuré que la Suisse n’allait pas vers l’inconnu, car les transferts du privé au public ont déjà été expérimentés par l’AVS et l’assurance-accidents et maladies professionnelles Suva.

S’exprimant sur la possibilité du «non», M. Matter juge que «le PLR a peu d’impact» et rappelle que, «lors de la conférence genevoise de la Fédération des entreprises romandes (FER), la prise de position par rapport à l’initiative n’a pas même été à l’ordre du jour». Il ne faut pas sous-estimer le fait que 5 millions de francs ont été investis dans la campagne nationale contre l’initiative, précise-t-il.
Le «oui» genevois poursuivra sa campagne dans la rue, avec des stands et lors de dé

bats. M. Matter a bon espoir que les Genevois se rendront aux urnes le 28 septembre. La votation sur la traversée de la rade ainsi que «la sensibilité genevoise, le canton comptant parmi les plus touchés par l’affaire des primes non remboursées», devraient y contribuer, a-t-il déclaré.

Une brochure en faveur de la caisse publique

«La santé n’est pas une marchandise!» lance le docteur Roland Niedermann, militant pour le «oui» à la caisse maladie publique.

Il entame son essai en mentionnant «la faillite du système de marché des assureurs». Le non-respect de la proportionnalité entre hausse des primes et augmentation des coûts de la santé, la chasse aux bons risques, le scandale des primes payées en trop ou encore la sélection qu’opèrent les assureurs cherchant «à attirer des hommes jeunes et à ‘exclure’ les ‘vieux’» sont autant de travers contre lesquels M. Niedermann s’insurge.

Le médecin démontre que le système de santé actuel, qui accorde une confiance aveugle à «la culture de la main invisible», ne se préoccupe plus de la santé et de l’être humain, pourtant deux clés de voûte de la médecine hippocratique à laquelle il se dit attaché. Cette logique de marché sape, selon lui, l’image du «malade» ou encore la notion «d’humanité» au profit d’un modèle basé sur «le clientélisme, la sélection et l’exclusion».

Les deux principaux arguments se focalisent sur le déficit de prévention et la rupture du «contrat social». En effet, le généraliste pointe du doigt le déséquilibre qui pèse sur la politique des assureurs: d’après lui, «98% des dépenses sont en faveur de la réparation, contre 2% pour la prévention». Il estime donc qu’un rééquilibrage doit s’opérer puisque la prévention peut influencer le style de vie de la population, responsable d’environ 40% de notre état de santé.

M. Niedermann aborde, à ce propos, l’exemple du diabète juvénile, qui pourrait être prévenu: «Un système axé sur les soins est insuffisant.» Il évoque ensuite le «contrat social» qui, depuis 1996 et l’entrée en vigueur de la loi sur l’assurance-maladie (LAMal), établit l’obligation de s’assurer et met l’accent sur la solidarité. Le docteur constate que l’idéal promis «un pour tous-tous pour un» n’est pas au rendez-vous: «les assuré(e)s payent 25 milliards de francs et les assureurs en disposent sans transparence, ni contrôle suffisant, ni codécision des payeurs».

M. Niedermann conclut sur la nécessité d’accepter une caisse publique, qu’il estime être la seule capable de garantir «une gestion transparente» et une véritable «promotion de la santé».

Le Courrier, 30 Août 2014, Florian Erard

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