L’eau, un bien public ?

Par ANNE LE STRAT adjointe au Maire de Paris, présidente d’Eau de Paris, SERGE ORRU directeur général du WWF-France, MARC BAÏETTO Président de Grenoble Métropole

A Grenoble, l’eau restera le bien de tous

Le développement de l’agglomération grenobloise et de sa région est historiquement indissociable de ses ressources en eau fournie par le «château d’eau» que représentent les Alpes. Napoléon Ier n’avait-il pas imaginé un projet pharaonique d’établissement de 1 800 bains militaires qui ne verra finalement pas le jour ? Dès la moitié du XIXe siècle, avec la maîtrise de l’énergie hydroélectrique, se développe dans la vallée du Grésivaudan, l’industrie papetière, grande consommatrice d’eau. Dans les années 1870, les industriels Joseph Bouchayer et Félix Viallet développent la métallurgie qui survivra jusqu’à dans les années 1980 ; sans oublier la ganterie, la chimie, etc.

L’époque contemporaine est aussi marquée par les enjeux autour de l’eau. La pureté de l’eau de Grenoble est un atout essentiel pour la microélectronique, qui recherche une eau «ultrapure». Politiquement aussi l’eau joue un rôle important. Ainsi, en 1965, le maire, Albert Michalon, pourtant auréolé de sa victoire en décrochant les Jeux olympiques d’hiver à venir, est battu par Hubert Dubedout, ingénieur de son état, qui avait su fédérer un grand nombre de Grenoblois privés d’eau durant la sécheresse de 1964.

D’aucuns conservent en mémoire les démêlés avec la justice de l’ancien maire et ministre de l’Environnement [Alain Carignon, ndlr], à la suite de l’attribution du service des eaux à une filiale de la Lyonnaise. Michel Destot, élu maire de Grenoble en 1995, a remunicipalisé l’eau via la Régie des eaux de Grenoble.

Existe-t-il une controverse de l’eau à Grenoble ? Pour les habitants de l’agglomération, l’eau, d’excellente qualité, ne nécessite aucun traitement, ni chloration. L’histoire l’a montré, l’eau restera un bien public à Grenoble.

Au-delà de ce manifeste, il convient d’être attentif au devenir de cette ressource qui, bien qu’abondante, reste fragile et sensible à d’éventuelles pollutions ou de surconsommation ponctuelle. Ainsi, le Schéma de cohérence territoriale (Scot) 2030 de la région urbaine ; «arrêté» récemment à la quasi-unanimité, intègre un volet important visant à la conservation de la ressource en eau pour ses 273 communes.

Le 9 mars, en «avant-première» du Forum mondial de l’eau de Marseille, se tiendra à Grenoble, un événement labellisé par cette manifestation. Il sera l’occasion d’affirmer clairement l’attachement à un service public de l’eau de qualité. Le thème de cette journée d’échange ouverte à tous sera : «l’Eau, gouvernance et citoyenneté». Cette journée permettra d’«ouvrir résolument la page de l’avenir de l’eau» à Grenoble !

(Extrait. Texte complet à lire sur Libération.fr)

Marc Baïetto Président de Grenoble Métropole

Prenons les problèmes à la source

Nicolas Sarkozy ne s’en cache plus : les engagements pris lors du Grenelle de l’environnement sont désormais sacrifiés au nom des intérêts catégoriels et d’un électoralisme de très court terme. Le droit à l’eau est reconnu par les Nations unies comme un droit humain, l’eau est un bien commun précieux, qu’il nous revient de préserver.

Nicolas Sarkozy veut en effet «lever le pied» et «prendre des décisions pour relâcher la pression» qu’exerce «l’aspect tatillon de certains règlements administratifs», et il illustre son propos par l’exemple de l’eau. Foin des notes préfectorales qui reconnaissent le lien entre certaines pratiques agricoles, pollution des rivières et prolifération des algues vertes ! Les vertus pédagogiques des plages verdoyantes de Bretagne devraient être frappantes, mais elles ne pèsent pas bien lourd à côté de la pêche aux voix.

Contrairement à ce qu’il a affirmé le 17 janvier, la France ne met pas en œuvre toutes les règles environnementales à la lettre. Ainsi, la directive cadre sur l’eau (DCE) de l’an 2000, qui établit un cadre pour une politique communautaire, est-elle loin d’être appliquée dans notre pays. La France a reçu le 27 octobre 2011 un rappel à l’ordre de la Commission européenne : «Le cadre législatif en vigueur en France et les programmes d’action mis en œuvre […] ne suffisent pas pour lutter efficacement contre cette pollution, comme l’exige le droit de l’Union européenne.» Dans un rapport du Sénat d’octobre 2011 sur l’application du droit communautaire, il est souligné que la «fragilité des résultats acquis dans le domaine de l’eau est préoccupante» et qu’un «risque non négligeable subsiste de ne pas parvenir à la mise en œuvre attendue des objectifs de la DCE».

Malgré son talent pour adapter son discours à ses auditeurs, on peut se demander si notre président réussira le tour de force de trouver les mots justes lorsqu’il s’adressera à la communauté internationale de l’eau qui se réunira à Marseille dans deux mois dans le cadre du Forum mondial de l’eau.

Il est urgent de mettre fin à ce cycle infernal, de traiter enfin les problèmes en amont, et de préserver les ressources en eau. Il ne s’agit pas de défendre les agriculteurs contre les écologistes, ni l’inverse, mais de tirer les leçons des erreurs du passé, d’un laisser-faire souvent synonyme de laisser polluer.

Il est grand temps que les citoyens dans leur ensemble se saisissent de la question de la ruralité et de l’agriculture. Prenons soin, sans tarder, de ce bien commun, préservons notre planète et notre avenir en travaillant main dans la main, sur le terrain, à la source !

(Extrait. Texte complet à lire sur Libération.fr)

Anne Le Strat adjointe au Maire de Paris, présidente d’Eau de Paris

L’or bleu, plus rare que l’or jaune

Forts de ses cinquante années d’engagements au service de la nature, le WWF porte le combat historique de Luc Hoffmann, l’un de ses fondateurs, pour la protection des zones humides et au-delà, la question de l’eau douce. Les enjeux autour de l’or bleu sont multiples, et la question de la sobriété et du partage de la ressource en eau entre une «agriculture productiviste toujours plus ivre d’eau» et des milliards d’humains qui peinent à avoir accès à cette ressource vitale n’est pas assumée.

Les chiffres de la FAO nous montrent à quel point nous vivons au dessus des moyens des ressources de la Terre : l’agriculture est de loin le plus grand consommateur d’eau avec 69% des prélèvements. Or, dans les années à venir, nous allons connaître une révolution inexorable liée à l’évolution de la nouvelle carte agricole née des dérèglements climatiques.

Il y a trois ans, en pleine été, Barcelone s’est trouvé face à une situation que l’on pensait impossible : la capitale catalane et ses cinq millions d’habitants étaient assoiffés. Il a fallu acheter pendant trois mois près de 1,6 million de mètres cubes d’eau par mois soit une facture de près de… 22 millions d’euros.

Certes en France et en Europe, l’eau n’est pas insalubre et ne tue pas chaque année des millions de personnes comme dans les pays du Sud. Certes, la dépollution est possible pour rendre les eaux de ville buvables par tous, mais on oublie trop qu’il n’y a aucune dépollution pour les espèces vivantes dans les eaux douces. En France, à peine 20% des rivières seraient saines. En Europe occidentale et méridionale, un cours d’eau sur quatre est pollué à un niveau extrême. Ces résidus chimiques et toxiques mettent à mal notre banque du vital. C’est la raison pour laquelle le WWF réitère sa demande d’un plan national de dépollution des rivières.

La dépollution et la restauration de nos eaux souterraines sont une source de créations d’emplois mais aussi un désendettement pour les générations futures qui pourront ainsi bénéficier d’un capital naturel renouvelé. Sans eau pas de vie sur terre et pourtant comme le rappelle l’astrophysicien Hubert Reeves :«A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or .»

Serge Orru Directeur général de WWF France

Libération , 28 janvier 2012

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