Nous continuerons à défendre ces enfants

Le 24 avril dernier, les éducateurs et éducatrices des foyers pour mineurs de l’Établissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) ont dénoncé les conditions d’accueil inacceptables réservées aux enfants migrant-e-s isolé-e-s. Leur grève a été largement suivie.

LE SENS DE L’ENGAGEMENT SYNDICAL
Si les résultats concrets de cette lutte ne sont pas encore connus, elle a permis de rappeler le sens de l’engagement syndical: la défense des principes fondamentaux que sont l’égalité de traitement, le respect des droits et le refus de la discrimination.
Derrière la lutte des employé-e-s des secteurs publics et parapublics, il y a la défense de leurs droits et de leurs intérêts professionnels. Mais il y a aussi, toujours, celle du service public: la qualité de la prise en charge dans les hôpitaux, la disponibilité du personnel dans les centres sociaux, la qualité de l’enseignement dans les établissements scolaires.
Il y a aussi l’accueil des enfants au sein de l’EVAM. Celui des enfants seul-e-s, mais aussi celui des autres, à l’aide d’urgence avec leurs parents.
Être un-e enfant à l’EVAM, c’est ne pas bénéficier du même encadrement éducatif que celles et ceux protégé-e-s par le SPJ. Parce que c’est en mer Égée que vos parents se sont noyés, en essayant de vous conduire vers un pays où un avenir est possible.
C’est ne pas pouvoir faire de chant, de foot, de danse comme ses camarades de classe. Parce que vos parents n’ont droit qu’à l’aide d’urgence pendant qu’on examine leur nouvelle demande d’asile. C’est se faire réveiller à l’aube par une dizaine de policiers venus vous amener de force à l’aéroport. Parce que votre mère refuse un renvoi vers un pays où vous n’aurez pas de droits. Ou si peu.
Être un-e enfant à l’EVAM, c’est être considéré-e avant tout comme un-e migrant-e et en subir les conséquences.
C’est subir les pressions exercées par les autorités sur ses parents pour qu’ils quittent la Suisse: aide en nature uniquement, assignations à résidence, expulsions.
C’est avouer à sa maîtresse qu’on a très peur d’être renvoyé en Grèce. Parce qu’on ne parle pas le grec et qu’on commence juste à parler le français. Les nuits chez les amis, on ne les fait pas pour les pyjama party, mais pour échapper aux vols spéciaux.
C’est subir le manque chronique de moyens alloués à la formation. Alors que l’on grandira probablement dans ce canton et qu’on y restera – mais avec quelles chances de s’y intégrer?
C’est subir l’amalgame entre migration et délinquance; c’est vivre dans des foyers organisés sur un modèle destiné à des adultes; c’est risquer des sanctions financières et l’expulsion quand les autres enfants sont simplement renvoyé-e-s dans leur chambre.
Aujourd’hui, dans le canton de Vaud, les MNA sont expulsé-e-s vers des foyers pour adultes. Un député a même proposé qu’ils soient expulsés de Suisse! Et, à peine majeur, c’est la mise à la rue qui menace.
Nous luttons pour qu’être un enfant à l’EVAM ne soit rien de moins qu’être un enfant.
Pour que celles et ceux qui ont été séparé-e-s de leurs parents bénéficient d’un encadrement éducatif suffisant et professionnel.
Pour que les activités culturelles et sportives soient prises en charge pour les enfants à l’aide d’urgence, car elles jouent un rôle majeur dans leur développement.
Pour que chaque enfant puisse aller à l’école, jouer, dormir sans craindre d’être réveillé au milieu de la nuit. N’ajoutons pas de nouveaux traumatismes à la rupture de la migration, aux séquelles de la guerre et aux drames survenus durant le trajet.
Nous appelons le Conseil d’État à respecter l’engagement pris par la Suisse de respecter la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, qu’il a ratifiée en 1997.
Nous continuerons à défendre ces enfants et leurs droits, au nom d’un service public digne et responsable.
Parce que c’est une lutte syndicale. ◼

Services publics, 4 mai 2018
TIMOTHÉE ALDER, délégué syndical . Groupe EVAM
LETIZIA PIZZOLATO, secrétaire SSP. Région Vaud

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