Des jeux en ligne… de mire

Simonetta Sommaruga lance la campagne en faveur de la loi sur les jeux d’argent. C’est à un nouveau grand débat de société auquel le peuple suisse est invité. Après la redevance radio-TV, c’est l’avenir des jeux en ligne qui se décidera dans les urnes en juin.


La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a lancé lundi la campagne en faveur de la nouvelle loi sur les jeux d’argent, en vantant son pragmatisme, entre protection des joueurs et manne pour le bien commun.

1. Deux nouveautés principales

Cette nouvelle loi contient deux innovations principales: le retour à la légalité des tournois de poker hors casino, ainsi que l’autorisation de développer des jeux d’argent en ligne, mais en fermant le marché à la Suisse. C’est sur ce point que porte le référendum. Aujourd’hui, les joueurs suisses peuvent en toute impunité s’adonner à la roulette, au black jack, au poker ou faire des paris sportifs en ligne sur des sites de jeux étrangers. A l’avenir, on ne pourra plus jouer qu’entre résidants helvétiques sur des sites nationaux. Au besoin, les sites de jeux illégaux étrangers seront bloqués.

2. Les jeunes montent au front

Comme pour la bataille sur la redevance, ce sont les sections jeunes des partis qui montent au front, dans une querelle des anciens et des modernes revisitée à la sauce numérique. Les Jeunes libéraux-radicaux se sont associés aux Jeunes vert’libéraux et aux Jeunes UDC pour lancer le référendum. Ils dénoncent une loi paternaliste et rétrograde qui censure internet. Et de craindre que cette censure ne s’étende ensuite à la musique, aux films, voire plus généralement au commerce en ligne. A ces arguments, les Jeunes verts, qui combattent aussi cette loi, ajoutent l’insuffisance des moyens en matière de prévention contre le jeu ­excessif.

3. La riposte de la conseillère fédérale

«Il n’y a aucune censure, ni limitation à la liberté d’expression dans cette loi», riposte la ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga. «On doit s’assurer qu’elle soit respectée par tout le monde, d’où la possibilité de bloquer un site qui n’a pas de concession pour offrir des jeux d’argent en ligne. La règle qui prévaut est la même pour les casinos et les exploitants de jeux en ligne.» Et la conseillère fédérale socialiste de préciser que les joueurs qui contourneraient ce blocage, eux, ne seraient pas punis.

La Bernoise ajoute que 17 autres pays européens ont procédé de la sorte, en confinant le marché des jeux d’argent en ligne. C’est le cas notamment des voisins français et italiens.

4. Une nouvelle manne espérée

Avec les jeux de casino, les paris sportifs et les loteries, c’est près d’un milliard de francs par an qui peuvent être redistribués aujourd’hui en Suisse, dont 276 millions à l’AVS et à l’AI, et 47 millions aux cantons où sont implantés les casinos. Ce sont surtout 15 000 projets culturels, sociaux ou sportifs qui sont financés par ce biais, pour un montant de 630 mios par an.

Le marché des jeux et paris en ligne à partir de la Suisse est estimé à quelque 250 millions de francs, qui fuient dans les caisses d’opérateurs étrangers, souvent implantés dans des paradis fiscaux offshore, tels que l’île de Man (Pokerstars) ou Gibraltar (Bwin).

Avec l’ouverture d’une offre en ligne légale en Suisse, les principaux acteurs espèrent un boom de ce marché. Selon Swisslos, pendant alémanique de la LoRo, ce sont 300 millions en plus par an qui pourraient se déverser à moyen terme en faveur de l’AVS, de la culture, du social et du sport.
A noter, pour les joueurs, que les gains de loterie seront exonérés d’impôt jusqu’à un million de francs, contre 1000 francs aujourd’hui. Les gains de casino continueront à échapper à toute taxe.

5. Le dilemme des joueurs de poker

Les joueurs de poker ont un œil qui rit et l’autre qui pleure. Très populaires à l’époque, les tournois de poker hors casino avaient été interdits en 2010, sur décision du Tribunal fédéral, les considérant comme un jeu de hasard. Cela fait huit ans que les passionnés attendent leur retour. Ce sera le cas avec cette nouvelle loi. Selon l’ordonnance qui vient d’être mise en consultation, le droit d’entrée pourrait s’élever jusqu’à 200 francs par joueur et par tournoi, et la planche des prix jusqu’à 20 000 francs.

En revanche, le poker en ligne, lui, va souffrir du confinement. Aujourd’hui, les joueurs peuvent affronter jusqu’à plus de 100 000 adversaires connectés en même temps à travers le monde sur les principaux sites. Difficile pour eux d’imaginer qu’une offre attrayante puisse se développer dans un marché fermé à la petite Suisse. LA LIBERTÉ

Le Courrier, 13 mars 2018, Philippe Castella

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