Austérité à la bernoise

BERNE . Désireux d’anticiper les conséquences du Projet fiscal 17, le Grand Conseil a entériné les coupes proposées par l’exécutif. Malgré une mobilisation dynamique. Un paquet d’économies de 163 millions de francs qui coupe massivement dans les domaines du social, de la santé, de la formation ou du handicap, pour offrir des cadeaux fiscaux de 103 millions de francs aux entreprises.

C’est ce que vient d’accepter le parlement bernois. Plusieurs mobilisations ont pourtant tenté de stopper ce démantèlement. Mais elles n’auront pas suffi.

UDC ET OBSTINÉ. «Ils peuvent manifester. C’est leur droit. Mais nous allons tout de même faire le paquet.» Voilà ce qu’a déclaré le conseiller UDC Stefan Hofer, interviewé par TeleBärn, peu après avoir été massivement hué par plus de mille manifestant-e-s à sa sortie du gouvernement bernois, accompagné d’autres parlementaires. C’était le mercredi 22 novembre, au terme d’une manifestation contre le démantèlement et la veille du débat marathon au Grand Conseil sur les 150 mesures d’austérité.

MOUVEMENT SPONTANÉ. L’appel à la manifestation avait été lancé par le collectif Kahlschlag Stoppen (Stopper le démantèlement). Un collectif qui regroupe des personnes concernées par le paquet, qui se sont organisées spontanément. Les raisons de la mise sur pied de ce collectif? En septembre, une large coalition avait mobilisé avec succès 3000 personnes contre les mesures d’austérité. Nous pensions que cette coalition, qui regroupe des organisations syndicales comme le SSP, Formation Berne, l’ASI ainsi que des organisations de gauche, allait lancer d’autres mobilisations. Malheureusement, elle y a renoncé. Ces différentes organisations ont plutôt favorisé le travail de lobby. De notre côté, nous ne voulions pas accepter ces attaques sans résister. Voilà pourquoi nous nous sommes lancés, avec nos propres moyens.

ACTIONS DÉCENTRALISÉES. Deux autres mobilisations suivront ainsi celle de septembre. La première journée d’action, organisée le 28 novembre et intitulée Wir sehen rot (Nous voyons rouge), réagissait à la décision du parlement de faire des cadeaux fiscaux aux entreprises dans le cadre du Projet fiscal 17. Des bénéficiaires, des salarié-e-s d’institutions touchées, des étudiant-e-s ainsi que des groupes politiques ont organisé une cinquantaine de petites et grandes actions décentralisées dont les photos et vidéos ont été publiées en permanence sur les médias sociaux, créant ainsi une certaine dynamique.
Passant par la boucle d’oreilles, l’écharpe ou l’habit de travail rouge, le tapis rouge pour les usagers, la statue historique vêtue de rouge ou de longues banderoles rouges déroulées sur les murs de différentes hautes écoles, les idées n’ont pas manqué.
Une semaine plus tard, le 2 décembre, suite à l’annonce de coupes touchant les soins à domicile, les domaines de l’handicap, de la psychiatrie et de l’aide sociale, une deuxième manifestation a eu lieu. Le mot d’ordre était cette fois Wir sehen schwarz (Nous voyons noir). Il a mobilisé plus de 600 personnes, quelques jours avant le terme du débat.

CONSÉQUENCES DRASTIQUES. Malheureusement, ces mobilisations n’ont pas suffi pour infléchir le Grand Conseil. Les conséquences du paquets d’austérité seront drastiques: les femmes, les familles monoparentales, des retraité-e-s, des personnes en formation, des migrant-e-s ainsi que des salarié-e-s précaires vont subir une baisse de leur niveau de vie. Les employé-e-s de l’État vont devoir travailler de plus en plus vite, dans des conditions de moins en moins bonnes. Les acquis du mouvement féministe sont remis en question. Car si le travail dans les domaines
de la santé, du social, de la formation, de l’accompagnement reste sur le carreau, un bon nombre de tâches se reporteront sur les ménages privés, donc souvent sur les femmes.
Finalement, c’est l’ensemble des salarié-e-s qui vont subir une baisse généralisée de leur niveau de vie: vu que nous finançons les prestations et service étatiques à travers nos impôts et cotisations sociales, l’attaque contre le service public représente une pression sur tous les salaires.

AMPLIFIER NOTRE RÉSISTANCE. La lutte contre ce paquet illustre, d’une part, la nécessité de sortir de la défensive et d’être présent dans la rue. D’autre part, elle démontre qu’il est dangereux de se laisser diviser en groupes d’intérêts spécifiques. Si des coupes peuvent être empêchées dans un domaine et que, par la suite, les millions sauvés grâce à un travail de lobbying, ou même des mobilisations, sont coupés dans un autre domaine, rien n’est gagné.
Il semble que ces programmes d’austérité stopperont uniquement quand notre résistance commune sera suffisamment forte.
Plus d’infos: https://kahlschlagstoppen.noblogs.org

Services publics, OLIVER MANDO . MILITANT KAHLSCHLAG STOPPEN

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