Trois nettoyeurs licenciés au Cycle

Les nettoyeurs, qui préfèrent ne pas être identifiés, ont reçu le soutien d’enseignants et de syndicalistes (à droite) lors de leur débrayage. Les trois employés travaillaient dans l’établissement scolaire depuis des années. Syndicats et enseignants demandent à l’État de les réengager et d’internaliser leurs tâches.

Ce jeudi matin, les trois nettoyeurs du Cycle de l’Aubépine, à Genève, ont débrayé durant 1h30. Une action en forme d’avertissement pour dénoncer leur situation. En effet, ils ont été licenciés au 31 décembre, alors qu’ils travaillent dans cette école depuis dix ans pour le plus ancien, et visiblement à la satisfaction de tous. La raison? La loi sur les marchés publics.

«A chaque fois, c’est la même histoire: au bout de quatre ans une entreprise perd son mandat, les employés sont licenciés ou repris par la nouvelle entreprise, mais avec des conditions moins bonnes et une intensification du travail», souligne Camila Aros, secrétaire syndicale d’Unia. «Sauf que l’adjudicateur est l’Etat qui, cette fois, ne s’est même pas donné la peine de vérifier que les minimums de la convention collective soient respectés.» L’Etat avait pourtant pris des engagements, en mai dernier, pour éviter que de tels cas ne se reproduisent.

Solidarité des enseignants

«Quand nous avons appris ce qui se passait, nous avons été très choqués. Ce qui nous paraissait clair – à savoir que nous formons une équipe, que les nettoyeurs participent à la cohésion de l’établissement – n’est pas une évidence pour tout le monde», déclare Emmanuelle Metry, enseignante et membre de l’Association des maîtres de l’Aubépine.

Comme plus de septante de ses collègues, elle a signé une lettre de soutien, envoyée hier au Conseil d’Etat, témoignant de son indignation face à une procédure jugée abusive. «Un établissement doit pouvoir fonctionner avec l’ensemble de ses acteurs qui ne peuvent s’investir qu’à condition d’être considérés. Or notre équipe de nettoyeurs a montré qu’elle pouvait être digne de cette considération», peut-on lire dans la missive.

Les employés, eux, s’inquiètent. «J’ai un contrat à durée indéterminée. A 56 ans, je ne retrouverai pas de poste équivalent», se désole l’un d’eux. Selon Camila Aros, l’entreprise en question, Serconet SA, doit 13 000 francs à l’un des salariés, et 9000 francs à l’autre, n’ayant pas pris en compte leurs années d’ancienneté. Ce que réfute son patron, Danto Astolfi. «Je découvre ces calculs, il y a des erreurs. De toute façon, je ne peux pas les payer plus que ce que l’Etat me donne.»

Désormais, syndicats et enseignants demandent l’internalisation du service de nettoyage. «L’Etat doit prendre ses responsabilités et assurer à long terme des conditions de travail justes, et non s’enrichir sur le dos de ceux qui ont déjà les salaires les plus bas du canton», estime encore Camila Aros.

Le cas n’est hélas pas unique. En décembre 2014, Le Courrier dévoilait la situation des trois nettoyeurs du cycle de la Gradelle qui devaient renoncer à 700 francs de salaire par mois pour garder leur emploi (notre édition du 20 décembre 2014). «Cette situation, bien que légale, m’avait profondément choqué», témoignait le conseiller d’Etat Serge Dal Busco en mai dernier, au moment d’annoncer un plan de mesures visant à encadrer l’adjudication des marchés publics pour le nettoyage. «Du vent», selon Albert Anor, président du SSP, «la situation n’a fait qu’empirer.»

RENE DUVILLARD, DIRECTEUR GENERAL DE L’OFFICE DES BATIMENTS

En mai, vous annonciez des mesures fortes. Or les exemples de mauvaises pratiques se poursuivent, que comptez-vous faire dans ce cas précis?

L’État va poursuivre dans la voie annoncée, qui déploie progressivement ses effets positifs. De nouvelles pratiques dans le domaine de l’attribution des marchés du nettoyage visant à lutter contre la sous-enchère salariale et à améliorer la qualité des prestations doivent entrer pleinement en vigueur début 2018. Il s’agit d’un processus à long terme, les conventions étant renouvelées tous les quatre ans.

Enseignants et syndicats demandent que le nettoyage dans ce Cycle soit internalisé et les nettoyeurs engagés, obtiendront-ils satisfaction?

Non. Comme la plupart des entreprises et collectivités publiques, l’État de Genève a fait le choix de confier l’essentiel du nettoyage de ses bâtiments à des entreprises privées, parce que c’est moins cher et pour des questions d’organisation. Dans ce cadre, il veille au respect des normes et fait son possible pour le développement de la formation et l’amélioration des conditions de travail du personnel des entreprises mandatées.

Quelles mesures seront prises pour empêcher que les trois nettoyeurs, dont l’un est âgé de 56 ans, se retrouvent au chômage?

Il nous a été confirmé par l’entreprise que les personnes licenciées ont été reprises en contrats à durée déterminée aux mêmes conditions et ce, jusqu’à la nouvelle soumission, en septembre 2018. Lorsque des personnes sont licenciées dans le cadre d’une nouvelle mise en soumission d’un mandat de nettoyage, l’office des bâtiments demande, mais ne peut obliger, à ce qu’elles soient reprises par l’entreprise ayant remporté le nouveau mandat, pour autant qu’elles donnent satisfaction.

PROPOS RECUEILLIS PAR CPR

Le Courrier, 08 décembre 2017 - Christiane Pasteur

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