Le géant jaune durcit les conditions pour la publicité dans les journaux

Le coup de griffe de la Poste. Des politiciens s’en inquiètent. Le millésime 2017 sera bon pour la Poste. Le géant jaune table sur un bénéfice de quelque 700 millions de francs. Mais cette belle santé ne l’empêche pas de durcir certaines conditions tarifaires. Cette fois-ci, c’est le tour de la presse écrite.


Année après année, l’entreprise de service public réalise de juteux profits. Pourtant, elle serre la vis. Plus précisément elle revoit sa manière de faire payer l’envoi des encarts publicitaires fixés dans les journaux, vecteurs d’une manne précieuse, en diminution actuellement.

A partir du 1er janvier 2018, les annexes fixées (collées ou agrafées) ne devront pas peser plus de 50 grammes pour être transportées gratuitement, rapporte la brochure Adaptations des prestations de Poste CH SA pour la clientèle commerciale. Actuellement, la Poste ne facture pas les encarts collés, peu importe leur poids. Autre changement: ces encarts devront impérativement rester plus légers que le journal lui-même. Si un titre affiche par exemple 35 grammes, son annexe publicitaire ne pourra pas dépasser cette valeur.

«Très mauvaise nouvelle»
«Cette modification tarifaire aura une lourde incidence sur nos comptes, puisque environ 40% de nos encarts dépassent la nouvelle limite de 50 grammes, déplore Armand Goy, directeur marketing et diffusion de La Liberté. Nos frais postaux vont augmenter d’un peu plus de 10% dès 2018! Dans le contexte actuel, plombé par la chute des recettes publicitaires, c’est une très mauvaise nouvelle.» Pour les annonceurs, rien ne change, ajoute le responsable: «Nous appliquerons toujours les mêmes tarifs. Ce qui change, c’est la hausse de nos charges de livraison postale.»

Cette adaptation ne frappe cependant pas tous les éditeurs avec la même force. «Elle est supportable, relève ainsi Patrick Matthey, responsable de la communication des publications romandes de Tamedia. Dans 95% des cas, les encarts collés de nos publications ne dépassent pas 50 grammes.»
La situation a malgré tout un air de déjà-vu. la Poste est en effet déjà passablement critiquée pour ses mesures de restructuration, la fermeture de centaines d’offices postaux, et les coupes prévues dans le personnel.

Mieux communiquer
Ce tour de vis supplémentaire, cette fois-ci à l’encontre de la presse écrite, préoccupe certains politiciens, à gauche comme à droite. «C’est un très mauvais signal, très malvenu dans le contexte actuel où la presse écrite est au plus mal», grimace le conseiller national Jacques-André Maire (ps, NE), membre de la commission en charge de la Poste. Son collègue de commission, Frédéric Borloz (plr, VD), lui fait écho: «Ce qui m’inquiète, c’est qu’on touche au marché de la publicité: la situation est déjà compliquée pour les médias, et on en rajoute encore une couche.»

Le Vaudois nuance cependant. «L’entreprise doit se transformer, on le sait, et c’est largement admis. Adapter les tarifs avant que des problèmes n’apparaissent, d’accord, mais il faut mieux le communiquer.» Son collègue du PLR vaudois, le conseiller national Olivier Feller s’inquiète également de cette évolution. Dans une interpellation récemment déposée, il demande au Conseil fédéral, autorité tutélaire de la Poste, s’il trouve la dernière mesure de la Poste opportune. Dans sa réponse, le gouvernement dit ne distinguer aucun problème particulier et trouver la décision «compréhensible».

«Il y a un décalage entre le discours oficiel du Conseil fédéral qui prône la nécessité d’avoir une diversité médiatique, et le fait que ce même Conseil fédéral cautionne complètement ces mesures de la Poste nuisibles à la presse», regrette Olivier Feller. Pour le libéral-radical, cela ne présage rien de bon à quelques semaines de la votation populaire ultrasensible sur l’initiative «No Billag», qui veut supprimer la redevance radio-TV. «Je suis totalement opposé à ce texte, mais il faut bien voir que l’un des enjeux consiste justement à déterminer ce que l’on veut faire des médias qui se débrouillent sans redevance. Or, en péjorant leur situation, on incite presque certains à voter oui.»

La Poste ne veut rien savoir de ces reproches. «Ce n’est pas un durcissement, mais une correction, indique Oliver Flüeler, porte-parole. A l’origine, ce service à la presse était prévu pour de petits échantillons ou des prospectus. Chez certains éditeurs, les annexes sont devenues toujours plus volumineuses et cela ne va plus: la livraison des journaux est déjà subventionnée et cet argent ne doit pas soutenir la diffusion de publicité.»

Le Courrier, PHILIPPE BOEGLIN, 4 décembre 2017

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