Une poussée de fièvre revendicative

Les employés de la fonction publique vaudoise et genevoise sont en pleine mobilisation, notamment contre les programmes d’attaques contre leurs caisses de retraites.

Les employés de la fonction publique vaudois ont mal à leur retraite. Quatre ans après une première péjoration des conditions et critères d’accès de retraite, le Conseil d’administration de la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud (CPEV) remet ça. «En 2013, l’Etat nous a garanti que la recapitalisation de la caisse était suffisante. Or, aujourd’hui, on veut nous faire à nouveau passer à la caisse. C’est inadmissible et nous n’accepterons aucun nouveau sacrifice financier de la part des employé.e.s de la fonction publique», explique David Gygax, secrétaire syndical de SSP-Vaud.

Deux ans de travail de plus avant la retraite
Quels sont les points noirs de cette nouvelle réforme contestée? «Globalement, les employé.e.s cotiseront plus et plus longtemps», précise le syndicaliste. Le Conseil d’administration de la CPEV projette de repousser de deux nouvelles années la durée de cotisation des salariés, la faisant passer de 38 ans (réforme de 2013) à 40 ans. L’âge terme de départ à la retraite serait de 65 ans contre 63 depuis 4 ans. Le taux technique devrait aussi être revu à la baisse en raison de la baisse prévisible des rendements, passant de 3,25% à 2,7% selon la fédération syndicale SUD. «Le rapport d’experts qui justifie cette baisse ne nous a toujours pas été dévoilé», précise encore David Gygax.

Les deux syndicats estiment que celle nouvelle contre-réforme est tout autant injuste que prématurée. «Le degré actuel de couverture de la CPEV est élevé et respecte pleinement les exigences fédérales », explique David Gygax. Ce taux, qui correspond au rapport entre capital de prévoyance d’une caisse et sa fortune de prévoyance était de 75% fin juin. Rappelons que la loi fédérale concernant le financement des institutions de prévoyance de droit public de 2010 impose d’atteindre un degré de couverture minimum de 80% d’ici à…2052. SSP-Vaud relève aussi que la CPEV s’est déjà constitué une réserve de fluctuation de valeur dotée de 1,1 milliard, montant non compris dans le taux de couverture.

Le conseil d’administration de la CPEV a déjà annoncé que ce plan d’économie entrerait en vigueur le 1er janvier 2019, si tant est que le Conseil d’Etat et les organisations du personnel ne présentent pas un autre plan d’ici au 30 juin 2018. «Depuis le 15 novembre, nous menons des négociations avec le Conseil d’Etat, mais celui-ci persiste à demander une hausse des cotisations. Nous devons donc nous mobiliser pour peser dans le rapport de force», souligne encore David Gygax. «Rien ne justifie le maintien de ce plan ou l’adoption d’un autre de même acabit, reprenant une logique de pertes et de péjorations», estime, de son côté, la fédération syndicale SUD.

Pour se faire entendre, les syndicats, appuyés par la Fédération des sociétés de fonctionnaires- Vaud organisaient le 23 novembre à Lausanne une manifestation unitaire pour dénoncer ces nouvelles attaques. Une assemblée du personnel est prévue le 8 décembre pour définir la suite de la lutte.

Quatre dossiers chauds à Genève
A Genève aussi, la grogne s’articule autour de plusieurs dossiers chauds. Elle devrait déboucher sur une journée de grève partielle le 4 décembre, à confirmer en assemblée du personnel le 28 novembre. Premier grief: la réforme de la caisse de pension des fonctionnaires (CPEG), actuellement en discussion au parlement. Celle-ci conduira globalement à une hausse des cotisations de plus de 11% et à des rentes en baisse de plus de 4% pour une capitalisation visant un taux de couverture de 80%, estime le Cartel, qui calcule que la baisse totale des prestations (si le projet de loi du Conseil d’Etat est voté) pour les salariés avoisinera les 21% depuis la création de la caisse en 2014.

«Ce projet de loi va baisser les rentes des assuré-e-s, imposer le passage au système de primauté des cotisations qui fait dépendre les rentes des aléas boursiers sans garantir un objectif de rente en fonction des derniers salaires et capitaliser la caisse en lui laissant le choix d’investir les capitaux reçus comme elle l’a fait jusqu’ici avec les risques boursiers que cela implique», vitupère Marc Simeth, président du Cartel intersyndical. La faîtière craint aussi une rapide baisse du taux technique de la caisse. «Chaque demi-point de taux perdu représente 600 millions à combler», précise encore le syndicaliste.

Pour l’heure, le Cartel demande le retrait du Projet de loi, tout en misant sur une capitalisation partielle de 800 millions (projet de loi d’Ensemble à Gauche) et sur une initiative conjointe avec l’Asloca, demandant que la capitalisation passe par un transfert à la CPEG des droits à bâtir de l’Etat sur le futur chantier du site Praille-Acacias-Vernets (PAV) afin de construire des logements à prix abordables pour la population de Genève.

Le Cartel est aussi furax contre le projet de loi sur les traitements (LTrait) relatif à la grille des salaires des fonctionnaires. «Le Conseil d’Etat prévoit d’intégrer cette nouvelle grille dans un règlement, ce qui privera le Grand Conseil de la prérogative de voter les salaires des employé-e-s de l’Etat. Cette mesure va conduire à une fluctuation annuelle des salaires au gré de la conjoncture économique. Elle est la porte ouverte à une privatisation du service public», assène Marc Simeth. Le Cartel rejette aussi le projet Score de remise à plat et de modernisation de l’échelle des fonctions et métiers de l’administration. «Ce projet est depuis le début mal fait et mal conçu. C’est une boîte noire fabriquée par une entreprise privée et sans concertation avec les associations de salarié-e-s. Elle conduit à une gestion à la sauce privée de l’Etat», tempête Marc Simeth.

Dans le cas où le Grand Conseil entérinerait ces deux projets de loi, le Cartel enclencherait l’arme des référendums, même s’ils représentent des risques politiques dans les urnes. «En 2015, notre mobilisation a permis le retrait des mesures d’augmentation du temps de travail, de gel des embauches et de facilitation des licenciements. La lutte paie», philosophe cependant Marc Simeth. Elle devra d’autant plus être massive que le Cartel s’attend à une nouvelle cure d’austérité dans le cadre du budget 2018, qui sera débattu en décembre, amplifiée par les futures coupes qui seront annoncées dans le cadre de la nouvelle Réforme de l’imposition des entreprises cantonale (RIEIII) renommée Projet Fiscal 2017 (PF17). L’hiver sera chargé au bout du lac.

Gauchebdo, 23 novembre 2017, Joel Depommier

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