Les «révolutionnaires» de Dorigny

Les invités Charlotte Jeanrenaud et Antoine Chollet du SSP répondent à Nouria Hernandez et Martin Vetterli à propos de l’UNIL et de l’EPFL.
Mardi 2 mai, Nouria Hernandez et Martin Vetterli ont accordé un entretien à 24 heures. Ceux-ci y badinaient sur leur caractère de «révolutionnaires», mais les dirigeants de l’UNIL et de l’EPFL semblaient donner au terme de révolution le sens qu’il avait au XVIIIe siècle, à savoir celui d’un immense retour en arrière.

Les conquêtes de décennies de très timide démocratisation des universités – alors que la Suisse est notoirement à la traîne sur le plan de l’accès aux Hautes Écoles par rapport aux autres pays de l’OCDE – sont mises aux oubliettes, de même que l’établissement lent de ces institutions comme un service public autonome des pouvoirs politiques ou économiques.
Sous couvert de «modernité», les deux dirigeants font en réalité preuve d’un invraisemblable archaïsme. C’est le retour aux universités privées d’antan, financées par de riches mécènes qui ont désormais l’apparence de raisons sociales et d’entreprises ayant pignon sur rue.
Se conformant aux grandes tendances de la «gouvernance académique», les dirigeants interviewés réduisent la «troisième mission» de l’université – le service à la société, qui complète les missions de recherche et d’enseignement – à la simple réponse aux besoins du monde de l’entreprise. Or il est clair que les besoins du monde de l’entreprise s’inscrivent dans une perspective de rentabilité à court terme nuisible à l’ensemble de la société.
Ce n’est qu’au prix de l’affranchissement de cette logique que des voies alternatives de développement économique, écologique et social pourront être explorées par la recherche, transmises par l’enseignement et pourront peut-être se voir adoptées par la société.
Cette myopie par rapport aux incompatibilités logiques entre les buts des entrepreneurs et ceux des Hautes Écoles empêche également les deux dirigeants de percevoir l’immense contradiction qu’il y a à valoriser le principe du financement privé de la recherche en le conditionnant à une garantie d’indépendance. Celle-ci ne suppose pas seulement la non-ingérence dans la dimension opérationnelle de la recherche, elle doit également assurer la liberté de pouvoir explorer de nouvelles voies. Or le financement privé définit des domaines de recherche et balise ainsi le terrain, corsetant la marge de manœuvre et d’exploration possible des chercheurs. Cela constitue déjà une absence d’indépendance préoccupante.
Nous sommes quant à nous attachés à la conception de l’Université ouverte et démocratique, héritière d’une longue tradition d’autonomie envers les pouvoirs du moment. Elle doit être un service public, et c’est d’ailleurs à cette condition expresse que la collectivité envers laquelle nous avons une responsabilité continuera à juger légitime de la financer.

24 Heures, 24 Mai 2017

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