Les syndicats romands, fers de lance du référendum contre le plan Berset

Le comité référendaire réunit plusieurs sections syndicales, le mouvement SolidaritéS, et des militants du mouvement associatif.
Vendredi, peu après le vote des délégués de l’Union syndicale suisse favorables au projet Prévoyance 2020, un front référendaires s’est constitué.

C’est parti. Un comité référendaire s’est constitué vendredi à Berne dans la foulée de l’assemblée des délégués de l’USS. Contrairement à la faîtière syndicale (voir ci-dessous), il a annoncé le lancement d’un référendum contre le Plan prévoyance vieillesse 2020 (PV2020).

Pour l’heure, le noyau dur de ce comité «NON à la hausse de l’âge de la retraite – NON à la baisse des rentes!» est surtout constitué de milieux syndicaux romands. Principalement vaudois et genevois, où les deux grandes faîtières cantonales – l’Union syndicale vaudoise et la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) – chapeautent la démarche. Plusieurs sections cantonales du Syndicat suisse des services publics (SSP) – Tessin, Vaud et d’autres en Suisse alémanique – ont rejoint le comité ou devraient le faire. Côté partis, on trouve le Parti suisse du travail/Parti ouvrier populaire (PST-POP) et Solidarités. Et enfin, l’Avivo, le lobby de retraités, est également de la partie. Des comités de soutien sont annoncés à Fribourg, Neuchâtel et même en Valais «où tout est désormais possible», comme le lance une voix dans l’assemblée, allusion à la non-réélection d’Oskar Freysinger.

Retour de la base

«Notre base est déçue et furieuse», relève Annerös Dreyer, de la commission femmes du SSP. «Nous devons défendre les valeurs fondamentales du combat syndicale, renchérit Manuela Cattani, secrétaire générale du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) et présidente de la CGAS.

Pour ces forces syndicales, le compte n’y est clairement pas. «Cette réforme n’est bonne ni pour les retraités, ni pour les femmes, ni pour les salariés», résume Manuela Cattani. Le relèvement de l’âge de la retraite de 64 à 65 ans pour les femmes équivaut à leur faire payer une part de cette réforme. «Ceci alors qu’elles assument les deux-tiers du travail non rémunéré et que leurs retraites sont déjà 37% plus basses», relève Catherine Friedli. Selon la secrétaire syndicale du SSP-Fribourg, cette année supplémentaire de travail représente un pactole de 1,3 milliard de francs.

Deuxième grief: les retraités actuels – qui auraient également besoin d’un coup de pouce – sont les oubliés de cette réforme. Leur pouvoir d’achat va pourtant fondre, vu l’augmentation quasi-automatique, année après année, des primes d’assurance-maladie.

AVS à deux vitesses

C’est aussi l’instauration progressive d’une AVS à deux vitesses qui est pointée, avec des anciens et des nouveaux retraités. Sans compter la question d’une évolution du monde du travail. Deux jeunes intervenant – Maimouna Mayoraz, de Solidarités, et le secrétaire général du PST, Jeannot Leisi – ont relevé que le travail devient de plus en plus précaire. «Or le système des deux piliers est prévu pour une carrière à plein temps, si possible dans la même entreprise, et cela n’existe plus. Chacun traverse des périodes d’inactivité», selon Mme Mayoraz.

Enfin, les salariés se retrouvent aussi perdants dans la mesure où, du fait de l’augmentation des cotisations et de la TVA, leur pouvoir d’achat va reculer.

Sur le dos des femmes et des retraités

«On nous vend cette réforme avec l’argument que l’AVS serait en péril, s’indigne Valérie Borloz, secrétaire générale du l’Union syndicale vaudoise. «Il faut casser ce mythe: l’AVS va très bien, le grand malade, c’est le deuxième pilier qui souffre de la baisse des taux d’intérêt et de la disparition du tiers cotisant.» Pour la syndicaliste, PV 2020 n’est rien d’autre qu’une opération de sauvetage du deuxième pilier sur le dos des femmes et des futurs retraités via la baisse du taux de conversion. «Les assureurs, eux, ne sont pas mis à contribution, toutes les mesures proposées ont été supprimées lors du processus parlementaire.» La baisse du taux de conversion de 6,8% à 6% représentera en moyenne un recul de 400 francs par mois des rentes, ce qui n’est évidemment pas compensé par les 70 francs de hausse de l’AVS.

Question de principe

Les référendaires ont maintenant 100 jours pour récolter les 50 000 signatures nécessaires pour que la question des retraites soit posée au peuple. Il y aura de toute façon un référendum obligatoire pour le relèvement du taux de TVA. Mais les membres du comité référendaire estiment que la question de l’âge de départ à la retraite pour les femmes doit être posée en tant que telle, vu la centralité de cette question dans l’histoire du mouvement syndical.

«Une ligne rouge est franchie avec ce projet», estime Manuela Cattani. Avec la certitude que si cette digue cède, les partis bourgeois auront un espace politique pour revenir très vite avec leur revendication d’une augmentation de l’âge de l’AVS à 67 ans. «Ils l’ont d’ailleurs annoncé deux jours après le vote aux Chambres, alors que les tenants de ce paquet nous affirmaient encore avoir verrouillé politiquement cette question grâce à PV 2020», conclut la secrétaire syndicale. I

En lien avec cet article:
Le PS tait des chiffres à ses membres
Le Parti socialiste (PS) joue gros sur la réforme des rentes «Prévoyance vieillesse 2020», en votation populaire le 24 septembre. L’enjeu est de taille, le parti déchiré. Une échéance décisive se profile: le vote général interne, qui se clôt le 29 avril. Favorables au texte lancé par «leur» conseiller fédéral Alain Berset, les dirigeants et délégués socialistes …

Les délégués de l’USS disent oui au plan Berset

Pas de surprises. Les délégués de l’Union syndicale suisse (USS) ont décidé vendredi à Berne de soutenir la réforme de la Prévoyance vieillesse (PV 2020). Ils ont pris leur décision par 98 voix contre 21 et une abstention. L’opposition est surtout venue de la Suisse romande. La question avait été réglée en amont: les assemblées des délégués d’Unia et du SSP (Syndicat des services publics) ont en effet décidé, à de très courtes majorités, de soutenir PV 2020.

La discussion a été vive. Paul Rechtsteiner, président de l’USS et un des architectes de la réforme en tant que Conseiller aux Etats socialiste, a parlé d’un choix important pour le renforcement de l’AVS. Pour la première fois depuis quarante ans, le niveau des rentes AVS augmentera.

Pilules amères, mais nécessaires

Inversement, plusieurs intervenants ont parlé d’un projet «antisocial» aux dépens des femmes. Les compensations de la baisse du taux de conversion et du relèvement de l’âge de la retraite pour les femmes ne suffisent pas, a déclaré une déléguée genevoise. Il faut combattre cette réforme par un référendum, selon elle. Un autre délégué vaudois a parlé de «trahison». Les délégués n’auraient jamais donné au comité mandat d’accepter des rentes plus basses et une hausse de l’âge de la retraite pour les femmes.

Ce sont certes des pilules amères à avaler, ont reconnu plusieurs syndicalistes, mais des aspects isolés d’un compromis global. «Aujourd’hui, c’est le maximum qui est politiquement acceptable.» Il s’agit de serrer les rangs de la gauche, sans quoi tout le projet coule. Plusieurs aspects de PV 2020 sont en effet dans le collimateur de la droite dure. Un «non» à la réforme ne servirait que les intérêts de la droite qui veut péjorer la prévoyance vieillesse. Le projet n’enthousiasme personne, mais les avantages mis en avant l’ont finalement emporté. ATS/PBH

Fronde des jeunes socialistes

Lettre ouverte  X La Jeunesse socialiste suisse (JSS) avait laissé entendre, dans un premier temps, qu’elle s’opposerait au plan Prévoyance 2020 (PV 2020). Mais un intense lobbying au sein du parti a été mené pour calmer cette jeunesse un peu trop fougueuse. Selon ce qui nous été rapporté, d’anciens présidents de la JSS ont appelé leurs actuels homologues pour plaider la cause du compromis du plan Berset.

Ils ont été entendus, du moins partiellement. La JSS a repoussé la question de sa participation au lancement du référendum à une assemblée de délégués en mai. Une manière de botter en touche.

Du coup, des sections cantonales des jeunes socialistes – Genève, Thurgovie et Winterthur, pour l’heure– lancent la fronde. Leur lettre ouverte aux autres sections refuse la logique «du moindre mal» du grand frère et les invite à prendre ouvertement position et s’engager pour le non au sein du PS». PBH

Le Courrier, 25 mars 2017, Philippe Bach

Un front contre la réforme des retraites

Le comité unitaire vaudois contre la réforme Prévoyance Vieillesse 2020 réunit les principaux syndicats du canton.

Un comité unitaire vaudois contre la réforme Prévoyance Vieillesse 2020 (PV2020) vient de se constituer. Il réunit les principaux syndicats du canton via l’Union syndicale vaudoise (USV), la gauche radicale (POP, Solidarités) et des organisations féministes (Feminista).

Les syndicats vaudois et genevois sont les moteurs du référendum national lancé cette semaine contre le «Paquet Berset». Les points contestés sont la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, la baisse du taux de conversion du 2e pilier et la hausse de la TVA. A l’inverse de leurs sections romandes, les centrales syndicales fédérales (SSP, Unia, USS) se sont prononcées en faveur du projet.

Le Courrier, 31 mars 2017, Mario Togni

0 commentaire à “Les syndicats romands, fers de lance du référendum contre le plan Berset”


  1. Aucun commentaire

Laisser un commentaire





Bad Behavior has blocked 394 access attempts in the last 7 days.