Préserver l’emploi en taxant les caisses automatiques ?

Depuis quelques années, l’installation de caisses automatiques dans les supermarchés progresse. Après une phase pilote en 2011, quelque 200 filiales Migros sur 600 en sont équipées en Suisse aujourd’hui.
Face à la multiplication des caisses automatiques, un projet de loi pose la question de l’évolution de la société vis-à-vis des machines.

Le député socialiste Roger Deneys ne décolère pas: les supermarchés genevois se dotent progressivement de caisses automatiques, supprimant du même coup le contact humain et, à terme, craint-il, des emplois. Pour endiguer le phénomène, il élabore un projet de loi cantonale a révélé la radio Onefm. Son but: taxer chaque automate de grande surface à hauteur de 10 000 francs par mois, «soit le salaire de deux caissières».

«Nous ne sommes plus dans une tendance de facilitation du travail humain grâce aux machines, mais de destruction d’emplois», dénonce M. Deneys. Pour le député socialiste, il y a un risque de voir les emplois peu qualifiés disparaître.

Cette taxe sera reversée à une fondation de promotion du commerce de détail de qualité dirigée par des représentants de l’Etat, des milieux économiques, patronaux et syndicaux, et des défenseurs des consommateurs.

Les sommes ainsi récoltées serviraient à promouvoir les commerces dépourvus de caisses automatiques, mais aussi à financer la reconversion et la formation du personnel du secteur de la vente. «Nous devons penser à des débouchés pour des personnes peu qualifiées et parfois peu scolaires», argumente le député socialiste. Le projet de loi devrait être déposé en janvier.

Davantage d’automates, moins d’emplois?

Depuis quelques années, l’installation de caisses automatiques dans les supermarchés progresse. Après une phase pilote en 2011, quelque 200 filiales Migros sur 600 en sont équipées en Suisse aujourd’hui. Migros-Genève compte des automates dans 17 magasins. Soit la moitié de son réseau. Avec des conséquences sur l’emploi difficiles à chiffrer.

Notre personnel a augmenté au niveau national en 2015, jusqu’à atteindre les 100 000 employés, réagit Tristan Cerf, porte-parole de la Migros. Natalie Imboden, responsable de la branche commerce de détail, à Unia (CH), précise: «Les retours des employés font état de la diminution du nombre de personnel aux caisses au profit des automates. Il y a une réaffectation des ressources.»

«Nous constatons une baisse du nombre de postes chez Migros-Genève», relève Jamal Al-Amine, secrétaire syndical chez Unia, citant les rapports d’activité de la coopérative. A leur lecture, on constate en effet une perte d’environ 300 collaborateurs entre 2008 et 2015 au sein de la branche genevoise. «Les caisses automatiques ne sont pas en cause. Il faut plutôt aller chercher du côté du tourisme d’achat», répond Tristan Cerf.

M. Al-Amine relève quant à lui que les caissières se plaignent avant tout de devoir changer de métier. L’idée d’avoir à surveiller les clients les dérange.

Qu’y gagnent les clients

Du côté de la Fédération romande des consommateurs (FRC), l’inquiétude est ailleurs: «On demande aux consommateurs de scanner eux-mêmes leurs courses, mais on ne leur propose aucun rabais pour cette tâche qui incombe pourtant à l’entreprise», détaille Robin Eymann, responsable de la politique économique.

Selon lui, la FRC n’a pas été submergée de plaintes de clients mécontents. Néanmoins, la fédération estime que le maintien de caissières participe à la qualité du service offert par les supermarchés.

Avec ces caisses automatiques Migros Suisse propose aux clients diverses possibilités de paiement, explique M. Cerf. «Ce qui permet de fluidifier le passage en caisse», estime-t-il. Au maximum, 25% de notre chiffre d’affaires devrait être couvert par ce système, «au-delà, cela serait contreproductif, nos clients sont attachés au contact humain. Il fait partie de notre identité. L’automatisation totale n’est pas à l’ordre du jour».

Tristan Cerf ne peut pas pour autant garantir qu’il n’y aura pas de pertes d’emploi à long terme. Chaque coopérative régionale gère ses effectifs.

Le Courrier, Jeudi 22 décembre 2016, Maria Pineiro

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