Un soutien sans précédent aux grévistes

LA PROVIDENCE • Quelque deux mille manifestants venus de toute la Suisse ont défilé samedi dans les rues de Neuchâtel pour apporter leur soutien aux employés de l’hôpital licenciés.

Neuchâtel, 16 février, 10 h 30. Une foule compacte fait déjà corps sur l’esplanade ouest de la gare, en attendant les dernières correspondances.Le défilé s’organise tandis que résonnent les prises de parole des partis et des syndicats. «Le combat continue, il doit s’intensifier», entend-on. L’invite prend un sens nouveau au lendemain de l’annonce du rachat des activités de la Providence par Genolier Swiss Medical Network (GSMN).

Les enfants ont voulu «en être»
11 heures. Le cortège s’ébranle dans une ambiance festive. Une petite fanfare dixieland délurée ouvre la voie. L’avenue de la Gare prend des allures de fête des vendanges. Une déferlante de joie portant pourtant le deuil et la colère au son des sifflets rouges, des chants de révolte et des cris des revendications.
Parmi les panneaux dénonçant le néo-libéralisme qui s’empare de la santé, un enfant brandit fièrement sa petite pancarte: «Pourquoi ils sont méchants avec l’hôpital?» Sa famille a fait le déplacement depuis Lausanne. «On a parlé de ce qui se passe chez vous à nos enfants âgés de 4 et 6 ans, et ils ont voulu nous accompagner aujourd’hui.»

Un précédent propice à d’autres basculements?
Plus loin, une petite voix chante: «Debout les gars, réveillez-vous!» en chœur avec la foule. «Mia est là pour sa maman qui vient d’être licenciée», confie sa grand-mère. Au cœur des revendications, l’enfance ramène à l’essentiel. Peu familière des manifestations, une retraitée est venue exprès de La Chaux-du-Milieu pour «ces enfants qui accompagnent leurs parents au piquet de grève depuis dix semaines».

«Je tire sincèrement mon chapeau à celles qui ont des enfants. Elles sont allées jusqu’au bout», confie une employée licenciée. «Nous avons agi par rapport aux patients et à l’ensemble des travailleurs de la santé de ce canton», insiste-t-elle. La santé sacrifiée sur l’autel de l’économie? «C’est là tout l’enjeu, note un ancien syndicaliste. Un basculement qui peut mener loin.» Pour lui, la santé, comme l’énergie et l’éducation, doivent rester en mains publiques. «Les objectifs des gens de Genolier sont bien connus», s’indigne-t-il. Le groupe de cliniques n’a en effet pas caché sa gestion des salaires au mérite. «Mais je garde espoir. Sinon, je ne serais pas là!», conclut-il avec optimisme.

L’avenue du 1er Mars conduit le défilé au centre névralgique du conflit. Devant la façade en briques de la Providence. Les prises de parole fustigent encore une fois la façon dont la fondation de l’hôpital s’est «débarrassée» de son personnel en lutte. Les tentes qui abritent le piquet de grève depuis décembre marquent l’arrivée de la guilde.

«Nous n’acceptons pas»
Midi, au Jardin anglais. L’émotion est palpable sur la place. Les paroles nues des grévistes licenciés ne laissent personne indifférent. «Nous sommes vingt-deux personnes qui travaillons depuis des années avec passion pour le bien-être des patients de ce canton. Nous n’acceptons pas un pareil mépris de la part de nos employeurs», clame l’une d’elles. Une autre pointe le rapport ambigu du président du Conseil d’Etat Philippe Gnaegi, «jusque récemment membre du conseil de fondation de la Providence».

On dénonce un laisser-faire orchestré: «J’ai un immense respect pour vous!», crie Yves Mugny, secrétaire central du Syndicat des services publics. «Ce que ces personnes ont traversé, aucun salarié de ce pays ne l’a vécu jusqu’ici. Tout cela parce qu’elles ont dit ‘non’ à un employeur qui a fait plier le canton de Neuchâtel à sa loi.» Un acte de courage salué par cette Zurichoise qui ne cache pas son admiration: «Chez nous, personne n’aurait osé faire cela. Ici les gens sont plus combatifs.» I

«Nous voulons la CCT!»

«Sans CCT, pas de subventions.» Scandé au cours du défilé de samedi, le slogan fait référence au maintien par le canton de son subventionnement à Genolier, tout en lui accordant une dérogation. Contrairement aux autres établissements de soins neuchâtelois, le groupe de cliniques privé ne sera pas astreint à respecter la convention collective de travail (CCT) santé 21. Fabien Fivaz, président des Verts du canton, redoute que la direction d’Hôpital neuchâtelois, l’hôpital public, «veuille aussi prendre ses aises par rapport à la convention collective», confie-t-il en défilant.
«Il manque un Pierre-Yves Maillard à la tête de la Santé de ce canton», estime une femme d’âge mûr. Un avis que corrobore un médecin vaudois: «Notre Conseiller d’Etat a imposé les CCT aux partenaires parapublics en échange du soutien de l’Etat. Cela n’est manifestement pas le cas chez vous.» PAH

PIERRE ALAIN HEUBI, Le Courrier

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